Picasso et Klee à Madrid : l’exposition événement de l’automne 2025 au Thyssen-Bornemisza
- Vincent
- 19 janv.
- 4 min de lecture
Certaines expositions s’effacent comme une image floue, avant même qu’on ait quitté le musée. Celle-ci s’incruste — et reste. « Picasso et Klee dans la collection Heinz Berggruen », présentée au Museo Thyssen-Bornemisza du 28 octobre 2025 au 1er février 2026, offre une plongée rare dans l’univers de deux géants de l’art moderne. Cinquante pièces rares, habituellement confinées au Museum Berggruen de Berlin, se retrouvent exceptionnellement à Madrid – et leur confrontation vaut le détour.

Pablo Picasso, Dora Maar aux ongles verts, 1936, huile sur toile, 65 × 54 cm · Museum Berggruen, Neue Nationalgalerie, Stiftung Preußischer, Kulturbesitz, Berlín
Deux visionnaires, une même révolution du portrait
Picasso et Klee ont joué un rôle décisif dans la redéfinition du portrait moderne. À travers la déformation caricaturale et le masquage, ils ont repoussé les limites du genre, chacun avec un style et une intention distincts. L’identité apparente cède la place à une vérité plus profonde, plus révélatrice.
Picasso : Ses études de Nu aux draps, ainsi que Cabeza de mujer (1906-1907) et Desnudo femenino (Étude pour Les Demoiselles d’Avignon, 1907), illustrent l’influence des masques africains et océaniques sur son œuvre. Pour lui, ces masques n’étaient pas un simple outil formel, ils portaient une dimension magique et transformatrice. Son talent pour la caricature éclate dans ses portraits cubistes, comme Hombre con clarinete (1911-1912), où il démembre et réinvente le corps humain avec une audace inégalée.
Klee : Lui aussi fasciné par les masques, Klee s’inspire des collections ethnographiques de Munich et des théâtres de marionnettes. Ses portraits, comme Madame R. voyangeant dans le Sud (1924), transcendent l’apparence pour révéler ce qui se cache derrière. Un graphisme en apparence simple, mais chargé de sensarcinfo.ch.

Paul Klee, Dame au vernis, 1930, plume et aquarelle sur papier, 49 × 35 cm Museum Berggruen, Neue Nationalgalerie, Stiftung Preußischer, Kulturbesitz, Berlín
Un parcours en quatre temps
L’exposition s’articule autour de quatre thèmes, chacun révélant les convergences insoupçonnées entre les deux artistes :
Portraits et masques : Picasso et Klee réinventent le portrait, l’un par la déformation expressive, l’autre par une abstraction poétique. Hombre con clarinete (Picasso) et Arlequín sobre el puente (Klee) illustrent cette quête commune d’une identité au-delà des apparences.
Lieux : Le paysage devient un terrain d’expérimentation. Picasso fragmente la réalité (Vue de Saint-Raphaël, 1919), tandis que Klee la transforme en rêve géométrique (Casa giratoria, 1921).
Objets : La nature morte est revisitée avec audace. Picasso y introduit des matériaux bruts (Cartes, tabac, bouteille et verre, 1914), Klee y voit un jeu de formes et de symboles (Porcelaine chinoise, 1923)artpassions.ch+1.
Arlequins et nus : Le corps en mouvement, entre vitalité et mystère. Arlequín sentado (Picasso) et Arlequín sobre el puente (Klee) montrent comment deux artistes peuvent aborder un même thème avec des langages radicalement différents.
Heinz Berggruen : l’œil qui a tout vu
Heinz Berggruen (1914-2007) n’était pas un simple collectionneur. Exilé, marchand d’art et ami des artistes, il a su rassembler une collection dans laquelle Picasso et Klee dialoguent comme jamais ailleurs. En 2000, il a cédé l’ensemble de ses trésors à l’État allemand pour 250 millions de marks – un geste qui a permis la création du Museum Berggruen à Berlin. "Cela valait la peine de vivre au XXe siècle pour avoir rencontré Picasso", disait-il, citant Paul Éluard.
Son génie ? Avoir compris que ces deux artistes, malgré leurs différences, se complétaient.
Pourquoi cette exposition mérite votre attention ?
Pour son caractère exceptionnel : voir des œuvres de la collection Berggruen hors de Berlin est une opportunité rare.
Pour son intelligence : une scénographie qui met en lumière les liens entre Picasso et Klee, sans jamais tomber dans le didactisme.
Pour l’expérience qu’elle offre : un catalogue riche et une ambiance loin des foules du Prado.

Paul Klee, Madame R voyageant dans le Sud, 1924, plume et aquarelle sur papier, 38,1 × 26,7 cm · Museum Berggruen, Neue Nationalgalerie, Stiftung Preußischer, Kulturbesitz, Berlín
Informations pratiques : l’essentiel à retenir
📅 Dates : du 28 octobre 2025 au 1er février 2026.
📍 Lieu : Museo Thyssen-Bornemisza, Paseo del Prado, 8 – en plein cœur de Madrid, à deux pas du Prado.
⏰ Horaires :
Lundi : 12h-16h (accès gratuit).
Mardi à dimanche : 10h-19h.
💰 Tarifs :
Plein : 14 € · réduit : 10 € (étudiants, seniors) · gratuit pour les moins de 18 ans, chômeurs et familles nombreuses.
🎟 Réservations : Site officiel du musée.
Et après l’exposition ?
Un verre : El Espejo (pour ses œufs brouillés légendaires) ou Picalagartos Sky Bar (pour une vue imprenable sur Madrid).
Une balade : Le Parque del Retiro, à cinq minutes à pied, est l’endroit idéal pour prolonger la réflexion – ou simplement se détendre.
En résumé : « Picasso et Klee dans la collection Heinz Berggruen » n’est pas qu’une exposition. C’est une leçon d’art moderne, servie avec élégance et profondeur. À vous de la découvrir.















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