C'est une étonnante nouvelle zone aménagée au sud de Madrid, suivant un ambitieux projet de restructuration du Périphérique de Madrid) qui suit les berges de la rivière Manzanares. Sept kilomètres de route enfouis sous terre au profit d'un immense parc contemporain.

Madrid Río

CE QUE DISENT LES GENS

“C'est cool même quand il pleut...

Mais non hein !”​

—  photo : Houcine Ncib

Avant, en bord de rivière, il y avait la M30, une sorte de périph infernal qui coupait la ville de sa partie sud. La mairie a décidé en 2003 de reconquérir ce vaste espace cédé à la voiture pour en faire une zone de loisir et de promenade pour les Madrilènes.

Aujourd'hui, la rivière traverse à nouveau la ville et fait se croiser ses habitants : jeux pour enfants, espaces sportifs (un skate park de 1700 m2 et une zone de patinage), fontaines et jets d'eau, bars, terrasses, restaurants, plage urbaine, espace culturel et muséal, plus quelques grosses pièces du patrimoine sacré et industriel.

À côté des ponts anciens qui ont bénéficié d'un ravalement complet, l'architecture d'aujourd'hui s'impose, avec 17 nouveaux ponts, entre des jardins plantés de trente mille arbres.

Enfin, et surtout, l'enfouissement de la M30, sorte d'autoroute urbaine, a permis de reconnecter par là même, les quartiers Sud-Ouest de la ville, isolés du centre par cette artère infernale, et de rétablir la communication entre les deux rives, permettant plus que symboliquement aux habitants des quartiers populaires de se sentir à nouveau madrilènes à part entière. ​

GÉNIE

Madrid Río n'a pas tout rasé ! Si la route M30 balafrait la ville sur 7 km sur les berges de la rivière, les ouvrages d'art des siècles passés valaient la peine de la conservation. Des barrages construits dans les années 50, des pontons anciens jalonnent la promenade, qu'on vous propose de commencer ici, un peu en amont de la porte San-Vicente, avant le pont de la Reine. 

PONT DU ROI

Construit en 1816, sour le règne de Fernando VII, pour faire jonction entre le Palais (Campo del Moro) et l'immense domaine des Vargas (Casa de Campo), dont le monarque voulait faire sa chasse, ce pont avait une largeur de 5 mètres. En 1931, la II° République rend le parc aux Madrilènes et fait élargir le pont à 25 mètres, pour pêrmettre la passage du plus grand nombre. Les trottoirs réduits au minimum laisseront passer les voitures, le pont deviendra un échangeur de la M30. 

Il a été rendu aux piétons lors des travaux de Madrid Río, son esplanade s'est convertie en lieu de rassemblement, de fêtes, de concerts...

PONT DE SÉGOVIE

Celui-ci est un spot de la littérature espagnole de l'âge d'or : sa majesté a  puente de Segovia es uno de los monumentos civiles de Madrid que más literatura ha generado, fundamentalmente burlesca y asociada a alusiones más o menos veladas a su majestuosidad frente a la humildad, pequeñez e insignificancia del río Manzanares, al que da cobijo.​

C'est le plus vieux pont de la ville et un de ses principaux accès.

Commandé par le le roi Felipe II, il a été dessiné par Juan de Herrera (auteur du Monasterio de El Escorial et le Palacio Real de Aranjuez), qui rompt, en 1574, avec la tradition médiévale et ébauche le premier pont moderne avec plan horizontal. Après la guerre civile, la Direction des travaux publics chargera l'ingénieur Vicente Olmos d'élargir le pont, qui passe de 8,65 à 31 mètres.

Pont de la Principauté d'Andorre
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Vu du ciel, c'est un Y. On l'a d'ailleurs appelé "Pont Y" avant de le renommer "Pont de la Principauté d'Andorre", hommage au tout petit pays pyrénéen. Ce faisant, Madrid rendait la pareille à Andorre, qui lui a de son côté dédié un pont. Et ça veut juste bien tomber qu'il avait un pont en Y sans nom, vu que le symbole d'Andorre, héhé, c'est un Y (pour les trois vallées qui traversent le territoire). Ce pont est signé par les auteurs du projet Madrid Río, avec les ingénieurs Juan Luis Bellod y Peter Tanner.

PONT DE TOLÈDE

Neuf arcs en plein cintre, taillés dans un massif de granit, des gargouilles et des bas-reliefs, un bijou d'architecture et d'ornementation baroque, un des monuments anciens les plus emblématiques de Madrid, même s'il échappe aux touristes pressés, qui ratent ainsi une des plus belles vues qu'on puisse avoir sur la rivière et sur la ville.

Felipe IV l'avait commandé à Juan Gómez de Mora, c'est Pedro de Ribera qui l'exécutera entre 1715 et 1730. 

Ses 180 mètres piétons constituent toujours une jonction très utilisée par les banlieusards, entre le centre et la périphérie sud de Madrid, l'entrée du quartier de Carabanchel.

Au passage, ils saluent au passage le patron de la ville San Isidro Labrador et son épouse Santa María de la Cabeza, qui ont leurs niches au milieu du pont.

PASSERELLE DOMINIQUE PERRAULT

Pour Madrid Río, l'architecte français Dominique Perrault a conçu une sculpture-pont, au moyen d'une gigantesque (278 mètres de long) forme en tire bouchons, deux cônes, concentriques, qui convergent en diagonale vers une colline artificielle. Les deux hélicoïdes s’appuient uniquement aux extrémités, ce qui crée le sentiment qu‘elles sont en suspension dans l'air.

C'est l'icône moderne de Madrid Río. C'est à la fois un mirador qui vous permet de plonger sur l'ensemble du parc-berge et une passerelle pour piétons et cyclistes. Selon Perrault, la mission du groupe est de créer de l'ombre pendant la journée et de devenir un objet lumineux pendant la nuit, comme une énorme lanterne, son illumination est en effet spectaculaire.

lien Paseo de Yeseras - Avenida del Manzanares

PONTS JUMEAUX DE L'INVERNADERO ET DE MATADERO

On les aime encore plus que les cones de Perrrault. Deux ponts piétons suspendus, conçus comme des coques de bateaux en bois. Les plafonds sont décorés de mosaïques de verre recyclé qui représentent des riverains du Manzanares.

C'est par le plus oriental des deux qu'on quitte le domaine de la rivière, pour visiter les serres et le complexe culturel du Matadero.

s'échapper

En balade sur les bords du Manzanares, il faut quitter les chemins de halage, et s'aventurer dans le quartier ouvrier de Carabanchel pour une visite d'un des plus beaux cimetières d'Europe, un quartier moderniste bien caché et une vieille plaza de toros.

La promenade de 10 kilomètres offre aussi une vue rare sur de la cathédrale de la Almudena, le Palais royal, la basilique San Francisco el Grande. 

Au bout du parcours, côté Legazpi, remonter la rue pour découvrir l'école, madird ferrocaril, 

Verger de la Partida

Ce verger de 38.000 mètres carrés date du 16° siècle. C'est un des sites les plus singuliers de la Renaissance madrilène. En 2007, la Ville l'a restauré, reconstitué et replanté de plus de 900 essences.

La puissante famille Vargas en avait fait son potager. En 1559, Felipe II l'annexe au palais royal. Il en fera un jardin de plantes médicinales. En 1928, Alfonso XIII le lègue à l'État. La Guerre Civile va le terrasser. 

Vue imprenable sur la corniche de Madrid (avec palais, cathédrale, basilique).

Rive droite, prendre le sentier de Casa de Campo, 50  mètres après le pont du Roi (puente del Rey). 

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Chapelle de la Vierge du Port

Petite, sans ornementation, soit. Elle en impose quand même, et elle domine les rives du Manzanares. La chapelle dessinée par Pedro de Ribera (l'architecte du pont de Tolède et de Conde Duque) en 1718 permettait aux lavandières, qui passaient la journée à la rivière, de s'acquitter de leurs devoirs religieux. Elle a été rasée par les bombardements de la Guerre Civile et reconstruite à l'identique en 1945.

Elle n'est pas souvent ouverte, mieux vaut passer à l'heure de la messe, vous serez reçu par le retable de la Virgen del Puerto. 

Messes en semaine à  19:00 (hiver) ou à 20:00 (été), les dimanches à  11:00 /// rive gauche / paseo de la Virgen del Puerto, 4

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SERRES ET JARDIN BOTANIQUE DE MATADERO

La surprise au bord de la rivière : 7000 mètres carrés de végétation installée depuis 1992 dans une des nefs de l'ancien abattoir de Madrid. Ce jardin botanique sous serre rappelle les palais de glace du 19°, à Londres ou à Vienne, représentatifs de l'architecture de ver et de verre. Il abrite 9000 essences de plantes divisées en quatre biotopes plongés chacun dans son micro-climat : flore tropicale, flore subtropicale, plantes grasses et cactées, plantes aquatiques. Et plein de poissons.

paseo de la Chopera 10, Madrid 

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MATADERO MADRID

Un abattoir industriel de 165.415 mètres carrés, conçu comme un immense marché par l'architecte Luis Bellido en 1911. 

L'abattoir s'est transformé, en 2008, en laboratoire de création avec salles d'expos et de concerts, resto-bar, et une immense esplanade qui accueille un peu de tout et un peu tout le monde.... La municipalité a financé le projet. Résultat : un espace vivant de dialogue et d'échange d'idées sur la culture et les valeurs de la société contemporaine. On sur-kiffe !

plaza de Legazpi 8, Arganzuela, Madrid

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colonia pico del pañuelo

Juste en face des anciens abattoirs, un ensemble de 1585 logements - une colonia - construit entre  1927 et 1930 pour abriter les travailleurs qui faisaient enfler ce quartier industriel en plein essor. C'est l'œuvre de Fernando de Escuadrillas, architecte des cités ouvrières madrilènes del Retiro et Primo de Rivera (1925-1932). Pour les standards de l'époque, les plans de Escuadrillas offrent aux occupants des conditions de vie tout à fait dignes. 

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