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Luis Camnitzer, quand l'art n'est pas tout


Encore trop mal connu en Europe, l'uruguayen Luis Camnitzer est pourtant un pionnier de l'art conceptuel en Amérique latine. Le musée Reine Sophie lui consacre une passionnante rétrospective en 90 vidéos, photographies, collages, gravures, sculptures et installations. Identité, langage, dictature... et beaucoup de drôlerie.

Luis Camnitzer. Hospicio de utopías fallidas (Hospice des utopies échouées)

Jusqu'au 4 mars

Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid

Démystification du rôle de l’artiste dans la société, dématérialisation de l’objet artistique, pouvoir évocateur des images, participation active du spectateur... C'est du sérieux, sur papier. On est bien dans l'art conceptuel, on est aussi sur un vaste terrain de jeu. Artiste, Camnitzer est aussi professeur d'université, critique d'art et essayiste. Et pas du genre à éviter les questions controversées. C'est que cet avant-gardiste exprime en tout une vision personnelle, à travers ses travaux, centrés sur la capacité transformatrice de l'art, qu'il considère avant tout comme un produit de la réflexion.

L'exposition retrace l'œuvre de l'artiste dans sa totalité, elle s'articule autour de trois axes thématiques et explore les principales étapes de sa trajectoire artistique. La première partie aborde le conceptualisme de Camnitzer, qui part de la dématérialisation de l'objet artistique. La seconde rassemble ses œuvres les plus évocatrices, dont l'aspect formel acquiert une plus grande importance. La troisième propose ses œuvres récentes, où il présente l'art comme un outil d'éducation.

Luis Camnitzer, Traité sur le paysage, 1996, bouteilles de vin étiquetées et autres matériaux, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid

Le langage est au cœur des recherches menées par Luis Camnitzer. L’artiste est aussi essayiste et enseignant, il imbrique ces multiples activités dans une seule et même démarche. Ses estampes sont engagées, douées d’un puissant pouvoir évocateur, elles dérangent parfois. Ses installations, drôles et poétiques, parfois cyniques, allient simplicité et efficacité et convoquent sans détour l’implication du regardeur, l'invitent à se mouiller. Camnitzer explore des sujets comme l'injustice sociale, la répression et la critique institutionnelle. Uruguayen, d’origine allemande (sa famille juive a fui le régime nazi), installé aux États-Unis dans les années 60, il a été un observateur critique des dictatures sud américaines. Son humour mordant et son utilisation, souvent politiquement chargée, du langage comme médium artistique caractérisent sa pratique depuis plus de quarante ans. Camnitzer parle d'identité, de liberté, d’emprisonnement, d’injustice. Et de son profond attachement à l’Amérique latine.

Luis Camnitzer. This Is a Mirror, You Are a Written Sentence, 1966–1968, Polystyrène formé au vide, 48 x 62 x 1,5 cm, Daros Latinamerica Collection, Zürich. © Luis Camnitzer

Luis Camnitzer, Failed Utopias, 2010-2018, gravures sur plaques de métal, dimensions variables

L'expo commence par un autoportrait et se conclut par la série De la guerra, son dernier travail fait de cartes géographiques sur lesquelles l'artiste relit les cinq volumes qu'a écrits von Clausewitz au début du 19° siècle sur la stratégie militaire, toujours enseignés dans les écoles militaires. Entre les deux, un étonnant parcours fait de ses œuvres les plus marquantes, comme un mur de pages de l'annuaire téléphonique de Montevideo, dans lesquelles sont listés les disparus de la dictature (1973-1985), ou encore Leçon d'histoire, une diapositive blanche pour cette histoire qui reste à raconter. "Nous sommes en train de revivre la plus réactionnaire des fragmentations nationalistes, orchestrée par une clownocratie de gouvernements autoritaires."

Inspiré de l’une de ses œuvres, Failed Utopias, le titre, choisi par l'artiste, évoque le passé du bâtiment Sabatini, qui abrite une partie du Museo Reina Sofia – un ancien hôpital et hospice pour malades mentaux. Et l'essence même de tout son travail, intimement lié à la notion d’utopie : "Un processus par lequel on cherche à atteindre la perfection, et où cette perfection, telle un mirage, s’éloigne à mesure que l’on croit s’en rapprocher. Quelque chose de semblable à une révolution dans une révolution."

Luis Camnitzer. Hospicio de utopías fallidas (Hospice des utopies échouées)

Jusqu'au 4 mars

Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid

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