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Le Palais de Liria · Visite chez la Duchesse du Botox

Dernière mise à jour : 17 mars

La demeure madrilène des Ducs d'Albe est souvent comparée au Palais Royal de Madrid. S'il n'est pas aussi imposant, l'édifice construit au 18° siècle et dévasté par les flammes pendant la Guerre Civile, pourrait quand même faire un peu d'ombre à son voisin : collections d'art majeures, archives historiques de premier plan, mobilier rare... et le souvenir des excentricités de la duchesse Cayetana, qui le reconstruisit pierre par pierre... Caché au cœur d'un petit parc entouré de hauts murs, à deux pas de la place d'Espagne, le Palais de Liria mérite bien une échappée.


À côté des appartements de la famille - ce très beau bâtiment de style néoclassique serait le seul palais encore habité de Madrid -, le palais-musée de Liria abrite une partie des collections privées (estimée à 50.000 œuvres) de la Maison d'Albe, considérées parmi les plus importantes du monde. Douze salles ouvertes au public, dont les salons italien et espagnol, le bureau du Grand Duc, la galerie de peinture flamande, la salle Stuart, la salle Goya et Velázquez, la bibliothèque... : peintures, tapisseries, céramiques, mobilier, sculptures, livres, porcelaine...


Palais de Liria à Madrid

Álvaro López del Cerro © Madrid Destino


Palais de Liria à Madrid

Photo : Álvaro López del Cerro © Madrid Destino


Dans le salon espagnol, l'Infante Marguerite par Velázquez (3° ci-dessous), un magnifique portrait de saint Dominique par Zurbarán (5°), un Christ sur la Croix par le Greco, un portrait de Juan de la Miranda par Murillo, un Luca Giordano...


Dans le salon italien, un Titien, un Pérugin... Une extraordinaire galerie de portraits des ducs successifs peints par Louis-Michel van Loo, Mengs, Goya, Federico de Madrazo, Joaquín Sorolla, Daniel Vázquez Díaz...


Et des œuvres de Murillo, Ribera, Rubens, Breughel l'Ancien... rassemblées durant cinq siècles par la famille. Dans la bibliothèque (18.000 volumes), la première édition de Don Quichotte (1605), le testament de Ferdinand le Catholique, des lettres de Christophe Colomb et la bible de la Maison d'Albe, l’une des premières versions en espagnol.



Les architectes Louis Guilbert et Ventura Rodríguez l'ont élevé sur un plan rectangulaire - au contraire des palais espagnols, le plus souvent en carrés - autour d'un patio central, pour le troisième Duc de Berwick et de Liria, James Fitz-James Stuart y Colón, entre 1767 et 1785. Durant la Guerre Civile, en 1936, plusieurs incendies le laissent en ruines. Seule subsistent la façade et les collections, sauvées des flammes et abritées au Prado, à l'Ambassade britannique et à la Banque d'Espagne. Après la Guerre, Jacobo Fitz-James Stuart y Falcó, 17° duc, décide de reconstruire le palais à l'identique (à l'exception de la chapelle et du grand escalier). Son héritière, Cayetana Fitz-James Stuart, exaucera la prière de son père, sous la conduite de l'architecte Manuel Cabanyes. Et y vivra, ainsi que dans son palais de Séville, jusqu'à sa mort en 2014.


De grandes personnalités de la culture, des arts et de la politique ont fréquenté ce palais au cours du 20° siècle, notamment lorsqu'il était animé par l'explosive Cayetana : Cole Porter, Arthur Rubinstein, Howard Carter, Winston Churchill, Théodore Roosevelt, Oscar Wilde, Igor Stravinski, Ortega y Gasset, Charlie Chaplin... Et c'est ici que mourut en 1920 la dernière souveraine de France, l'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III.


Palais de Liria à Madrid

Photo : Javier Peñas © Madrid Destino


La duchesse du Botox et du collagène


María del Rosario Cayetana Paloma Alfonsa Victoria Eugenia Fernanda Teresa Francisca de Paula Lourdes Antonia Josefa Fausta Rita Castor Dorotea Santa Esperanza Fitz-James Stuart y Falcó de Silva y Gurtubay, 1926-2014.


Cayetana est une vedette en Espagne. Son anticonformisme lui a valu de faire la une des magazines people durant toute sa vie, notamment à l'occasion de ses trois mariages jugés scandaleux, de ses transformations plastiques en série, de ses sorties sans filtre, comme, au hasard : Être épouse est plus gratifiant qu'être mère... ou Jamais un homme qui me plaisait ne m'a résisté (dans le quotidien El Païs), et d'une vie mondaine intense...


Celle qui n'a jamais correspondu aux canons de beauté de son siècle, au fil des années, s'est encore enlaidie, grâce à de calamiteuses opérations de chirurgie esthétique. Et, comme le souligne élégamment L'Obs en ligne (21.11.2014) en guise de nécrologie, elle avait fini par ressembler successivement à un caniche, à un babouin, à une extra terrestre ou à une créature faunesque, avant de mourir ce 20 novembre à Séville plus laide encore qu’une gorgone.


Être l'aristocrate la plus titrée au monde selon les un·e·s, d'Espagne selon les autres* n'a jamais empêché Cayetana de faire trembler le protocole. Son premier mariage en 1947 est considéré comme le plus cher de tous les temps. Il aurait fait de l'ombre à celui de sa lointaine parente la future reine Elisabeth d'Angleterre, qui avait lieu un mois plus tard. En deuxième noce, la très pieuse duchesse épouse son confesseur, un père jésuite défroqué de dix ans plus jeune qu'elle. Enfin, à nouveau veuve (elle n'aura pas été jusqu'à divorcer), elle épouse à l'âge de 85 ans un fonctionnaire de la sécurité sociale de 24 ans son cadet, "qui ne gagne pas 2000 €". Une fois de plus, elle devra négocier pour obtenir l'accord du Roi et léguer avant de convoler l'essentiel de sa fortune (près de € 3 milliards) à ses six enfants, qui avaient flairé une arnaque à l'héritage.


(*) Elle était 20 fois "grande d'Espagne"; descendante directe du roi Jacques II d'Angleterre par son fils illégitime, Jacques Fitz-James, né de sa relation avec sa maîtresse Arabella Churchill (ancêtre du premier ministre britannique). Et contrairement à la reine d'Espagne, on dit qu'elle n'était pas tenue de s'incliner devant le Pape. Elle avait pour parrain le roi Alphonse XIII et pour marraine la reine Victoria-Eugénie.




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