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Église de la Buena Dicha

ÉGLISE DE la Buena Dicha Une église moderniste (1917) très intéressante. Remarquable, la façade qui mêle envolées gothiques et citations mudéjares. L'intérieur, parfaitement restauré, cache une belle chapelle à la Vierge de la Miséricorde, un ensemble sculpté du 17° siècle. Et une coupole bleu ciel splendide !
L'église occupe la place d'un hospice qui acceuillit pauvres et malades dès 1594, ce qui ne lui a pas évité d'être rasé à la fin du 19°. C'est ici que fut enterrée Manuela Malasaña, martyre du soulèvement du 2 mai contre les troupes de Napoléon, et qui a donné son nom au quartier. c/ de Silva 21, Malasaña Madrid

Chechu Ávala. Galerie de femmes au Thyssen

Simone de Beauvoir, Colette, Hannah Arendt, Sylvia Plath, Frida Kahlo, Niki de Saint Phalle... mais aussi Ève et Venus. À travers cette petite expo de mezzanine, le Thyssen de Madrid rend hommage à quelques femmes rebelles, peintes par l'artiste asturienne Chechu Álava. L'artiste espagnole met en scène la vie imaginaire de femmes qui ont marqué l'histoire moderne et d'héroïnes de la mythologie. Des femmes qui à leur manière ont défié la société patriarcale. Des artistes, des intellectuelles, des écrivaines. Des précurseures de ce que les femmes peuvent faire aujourd'hui, disons, avec moins de difficultés. Les modèles de Chechu Álava ont en commun un destin compliqué, et d'avoir dû, pour s'imposer, défier les normes de leurs époques. Au départ du balcon du premier étage du musée, la commissaire de cette exposition nous emmène à travers le Thyssen pour des dialogues avec quelques-unes des grandes œuvres des collections permanentes tels une vierge de Marc Chagall, un nu de Ernst Ludwig Kirchner, un crépuscule d'Edvard Munch. Chechu Álava, Hannah Arendt, 2012, huile sur toile, 41x33cm, Ionna & Alexander Ars Scrinium Dans ses galeries de portraits, l'histoire de l'art nous a habitués à des épouses, des muses, reflets du désir masculin. Rarement à des femmes indépendantes. Le travail de Chechu Ávala nous propose une réflexion sur le genre du portrait, à la rencontre de personnalités complexes, de talents singuliers qui ont évolué à contre-courant. Pour Chechu Ávala, "elles nous ont ouvert les portes", ces héroïnes pour les jeunes générations, qui ont tout à apprendre de leurs expériences et de leur résilience. Chechu Álava. Rebeldes est le troisième volet du programme Kora, qui chaque année présente au Musée Thyssen une exposition qui parle de genre. Chechu Álava, Frida fumant en rose, 2019, huile sur toile, 55x46cm, collection de l'artiste Chechu Álava. Rebeldes Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid Jusqu'au 29 mars 2020

Autoportrait aux gants ::: Albrecht Dürer ::: Prado

Dans ce selfie peint en 1498, Dürer se présente en gentilhomme pour nous dire que la peinture est un art noble, rien de moins. Au 15° siècle, c'est gonflé. La peinture, la sculpture, ce qu'on appellera plus tard les "beaux-arts", étaient alors considérées comme des "arts mécaniques". Dürer fait donc preuve d'une certaine audace revendicatrice dans ce beau tableau. Il s'habille de tons clairs et se met ostensiblement sur son 31. Il porte un pourpoint en brocart blanc et noir ouvert, qui laisse voir une chemise blanche bordée d'or, une casquette à pompom assortie à sa veste, une cape marron retenue négligemment par un cordon tressé de soie bleue et blanche. Très chic, même sexy... Un détail, surtout : le choix de gants gris en peau de chevreau, qui marquent un statut social élevé. Le peintre veut nous montrer ses mains comme celles d'un artiste, plutôt que celles d'un artisan. Et par-là, comme le font déjà les Italiens, place la peinture au rang des "arts libéraux" (ceux qui donnent à l’homme la maîtrise de l’expression orale et écrite et la possibilité de rendre compte de l’ordre de l’univers créé, au contraire des arts mécaniques, qui reposent sur des techniques et des métiers*). Albrecht Dürer, Autoportrait aux gants, 1498, huile sur bois, 52 x 41 cm, Museo del Prado, Madrid Dans ses lettres et dans d’autres écrits, Dürer a plusieurs fois souligné que le niveau social et économique des artistes allemands était très différent de celui des artistes italiens. Un manifeste appuyé, peut-être, par le recours dans la composition à l'usage très italien de puissantes lignes verticales et horizontales, qui s'imposent dans le cadre de la fenêtre en arrière-plan. Cette monumentalité géométrique est reprise dans la pose du sujet, qui repose sur son avant-bras, dans un L parfait. Malgré la sensualité dégagée par sa mise, Dürer s'est incarné dans une attitude de dureté, de froideur, de maîtrise absolue, un regard pénétrant et puissant, tracé avec minutie, qui est le propre de ses portraits. Dans cet autoportrait, Dürer se complait dans son propre aspect, soigné jusqu’au narcissisme dans chaque détail. Une représentation sous l’aspect d’un jeune homme sophistiqué issu de la bonne société. Jusqu'à cette auto-affirmation de créateur qu'on retrouve dans l'inscription du soubassement de la fenêtre, en allemand : "Je l'ai peint d'après ma silhouette, j'avais 26 ans. Albrecht Dürer." _____ * Définition trouvée sur Wikipédia. #art #musées #chefdœuvres

Parfum de scandale pédophile au musée Thyssen

Fin 2017, une lettre signée par douze mille New-yorkais demande à la direction du Metropolitan Museum of Art de décrocher un tableau de Balthus (Balthasar Klossowski de Rola, 1908-2001) peint à la veille de la Seconde Guerre mondiale : Thérèse rêvant. Les plaignants font allusion au "caractère pédophile implicite" de la peinture, un portrait de jeune fille assise, les yeux fermés et les cuisses ouvertes de sorte qu'elles laissent voir sa culotte. Thérèse rêvant fait partie des quarante-sept œuvres de la belle rétrospective que le Thyssen consacre au peintre français. Jusqu'au 26 mai. Balthus Museo Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid Avant guerre, alors que les surréalistes dominent Paris de leur culte à Sade, à Freud et au pouvoir libérateur du rêve, Balthus usera de la provocation érotique pour éveiller une société trop conventionnelle et conformiste à son goût. La sélection des commissaires Raphaël Bouvier et Juan Ángel López-Manzanares plonge les visiteurs dans la quintessence du travail d'un des grands maitres du 20° siècle, un des artistes les plus singuliers de son temps, et l'auteur d'une œuvre ambiguë et déroutante, admirée et rejetée, rare et toujours à contre-courant des avant-gardes. Fils de peintres, Balthus est un autodidacte qui a tout appris des conseils de Pierre Bonnard, ami de la famille, et en fréquentant les maitres de la Renaissance, Piero della Francesca et Caravaggio, mais aussi Poussin, Géricault et Courbet. Dans cette indifférence à la modernité, ce "postmoderne" a développé un style figuratif personnel unique, loin de toute possibilité d'étiquetage. On y croise aussi son admiration pour l'art oriental et pour les objets artistiques populaires comme les illustrés pour enfants. Thérèse rêvant, 1938, huile sur toile, 150 x 130 cm, The Metropolitan Museum of Art, New York La partie de cartes, 1948-1950, huile sur toile, 140 x 194 cm, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid La chambre turque, 1965-1966, huile sur toile, 130x162 cm, Centre Pompidou, Paris Balthus a réussi la synthèse des techniques des maitres antiques, avec quelques échappées vers le surréalisme. Ses images incarnent de nombreuses contradictions, elles mêlent la sérénité à de fortes tensions, le rêve et le mystère au réel, un certain érotisme à une idée de l'innocence. Dans ses scènes urbaines et ses intérieurs, ses paysages et ses natures mortes, Balthus introduit une dimension scénique et invite le spectateur à entrer, où toujours, le temps semble s'être arrêté, autour de personnages littéralement pétrifiés. “On parle d'art ou on parle d'autre chose ?" La question est posée par Setsuko Klossowska, la veuve de Balthus, lors de la présentation de l'exposition. Setsuko parlait du scandale new yorkais. "Si on parle de sujets éloignés du domaine de l'art, il me semble normal que des gens aient des valeurs différentes, bien que je me soucie peu de ce qu'ils disent. Mais il est dommage qu'une polémique détourne l'attention due à la création artistique. Tout ça, comme on dit dans Macbeth, c'est une histoire racontée par un idiot." Balthus Museo Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid Jusqu'au 26 mai #exposition #musées #art

Saint Valentin, beaucoup d'os pour un seul saint

C'est dans l'église de San Antón, dans le quartier de Chueca (qui est aussi le quartier gay), que reposent les restes de saint Valentin. Des os exposés dans une vitrine, rien de plus. Et un emballage un peu kitsch. La relique serait un cadeau du pape au roi Charles IV. Le squelette n'est pas complet, il a été fragmenté et, au départ de Rome, ses reliques ont fait le voyage jusqu'à la collégiale Santa Maria la Mayora à Toro (Castille León), à Tobed (Aragón), à Calatayud (Aragón), à l'Église Saint-Pierre de Prades (Pyrénées françaises), à Montignies-sur-Sambre (Belgique) et à Dublin (Irlande). Notez qu'on n'est pas tout à fait sûrs de tout ça, parce qu'on compte pas moins de trois saint Valentin, et que nous n'avons pas consulté toutes les archives... Notre saint Valentin était évêque à Terni (Italie) au IIIe siècle. Son truc, c'était d'administrer les sacrements du mariage. Avec zèle, puisqu'il n'hésitait pas à braver les ordres des empereurs (romains, à l'époque) Claude et Aurélien qui excellaient dans la persécution des premiers chrétiens. Valentin célébra donc des dizaines d'unions en secret. Ce qui lui valut d'être emprisonné avant d'être, soit égorgé par un soldat, soit décapité le 14 février de l'an 270 (au choix). Et d'être élevé au grade de patron des amoureux/euses. L'Église de San Antón de Madrid est ouverte 24 heures sur 24; elle est un refuge pour les pauvres, à qui la paroisse apporte une aide religieuse bien sûr, mais aussi un soutien social, psychologique et matériel (repas, vêtements, etc.). Elle abrite un tableau de Francisco de Goya, La dernière communion de San José de Calasanz. Ou plutôt sa copie, depuis que l'original a été transféré au Musée Calasancio, à Madrid. Elle est aussi connue des Madrilènes pour la bénédiction des animaux de compagnie (le 17 janvier). Église de San Antón c/ Hortaleza 63, Chueca, Madrid

Luis Camnitzer, quand l'art n'est pas tout

Encore trop mal connu en Europe, l'uruguayen Luis Camnitzer est pourtant un pionnier de l'art conceptuel en Amérique latine. Le musée Reine Sophie lui consacre une passionnante rétrospective en 90 vidéos, photographies, collages, gravures, sculptures et installations. Identité, langage, dictature... et beaucoup de drôlerie. Luis Camnitzer. Hospicio de utopías fallidas (Hospice des utopies échouées) Jusqu'au 4 mars Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid Démystification du rôle de l’artiste dans la société, dématérialisation de l’objet artistique, pouvoir évocateur des images, participation active du spectateur... C'est du sérieux, sur papier. On est bien dans l'art conceptuel, on est aussi sur un vaste terrain de jeu. Artiste, Camnitzer est aussi professeur d'université, critique d'art et essayiste. Et pas du genre à éviter les questions controversées. C'est que cet avant-gardiste exprime en tout une vision personnelle, à travers ses travaux, centrés sur la capacité transformatrice de l'art, qu'il considère avant tout comme un produit de la réflexion. L'exposition retrace l'œuvre de l'artiste dans sa totalité, elle s'articule autour de trois axes thématiques et explore les principales étapes de sa trajectoire artistique. La première partie aborde le conceptualisme de Camnitzer, qui part de la dématérialisation de l'objet artistique. La seconde rassemble ses œuvres les plus évocatrices, dont l'aspect formel acquiert une plus grande importance. La troisième propose ses œuvres récentes, où il présente l'art comme un outil d'éducation. Luis Camnitzer, Traité sur le paysage, 1996, bouteilles de vin étiquetées et autres matériaux, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid Le langage est au cœur des recherches menées par Luis Camnitzer. L’artiste est aussi essayiste et enseignant, il imbrique ces multiples activités dans une seule et même démarche. Ses estampes sont engagées, douées d’un puissant pouvoir évocateur, elles dérangent parfois. Ses installations, drôles et poétiques, parfois cyniques, allient simplicité et efficacité et convoquent sans détour l’implication du regardeur, l'invitent à se mouiller. Camnitzer explore des sujets comme l'injustice sociale, la répression et la critique institutionnelle. Uruguayen, d’origine allemande (sa famille juive a fui le régime nazi), installé aux États-Unis dans les années 60, il a été un observateur critique des dictatures sud américaines. Son humour mordant et son utilisation, souvent politiquement chargée, du langage comme médium artistique caractérisent sa pratique depuis plus de quarante ans. Camnitzer parle d'identité, de liberté, d’emprisonnement, d’injustice. Et de son profond attachement à l’Amérique latine. Luis Camnitzer. This Is a Mirror, You Are a Written Sentence, 1966–1968, Polystyrène formé au vide, 48 x 62 x 1,5 cm, Daros Latinamerica Collection, Zürich. © Luis Camnitzer Luis Camnitzer, Failed Utopias, 2010-2018, gravures sur plaques de métal, dimensions variables L'expo commence par un autoportrait et se conclut par la série De la guerra, son dernier travail fait de cartes géographiques sur lesquelles l'artiste relit les cinq volumes qu'a écrits von Clausewitz au début du 19° siècle sur la stratégie militaire, toujours enseignés dans les écoles militaires. Entre les deux, un étonnant parcours fait de ses œuvres les plus marquantes, comme un mur de pages de l'annuaire téléphonique de Montevideo, dans lesquelles sont listés les disparus de la dictature (1973-1985), ou encore Leçon d'histoire, une diapositive blanche pour cette histoire qui reste à raconter. "Nous sommes en train de revivre la plus réactionnaire des fragmentations nationalistes, orchestrée par une clownocratie de gouvernements autoritaires." Inspiré de l’une de ses œuvres, Failed Utopias, le titre, choisi par l'artiste, évoque le passé du bâtiment Sabatini, qui abrite une partie du Museo Reina Sofia – un ancien hôpital et hospice pour malades mentaux. Et l'essence même de tout son travail, intimement lié à la notion d’utopie : "Un processus par lequel on cherche à atteindre la perfection, et où cette perfection, telle un mirage, s’éloigne à mesure que l’on croit s’en rapprocher. Quelque chose de semblable à une révolution dans une révolution." Luis Camnitzer. Hospicio de utopías fallidas (Hospice des utopies échouées) Jusqu'au 4 mars Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid #exposition #art #musées

On ira au Prado sans payer

Le 19 novembre 2019, le Prado fêtera ses 200 ans. Et comme dans ce genre de musée, on ne fait pas les choses à moitié, la team a décidé de nous apothéoser un beau bicentenaire, en commençant un an avant la date D, c'est-à-dire aujourd'hui. Pour ses deux siècles, le Prado organise une overdose. Ce musée, c'est un des plus importants du monde. Un dédale de trésors, une orgie de chefs-d-œuvres. Ils ont tout là-dedans. Des tableaux entassés, des sculptures qui se marchent sur les pieds, des dessins qui débordent des tiroirs. C'est quand même une des plus importantes pinacothèques du monde ! En gros, les collections privées des rois d'Espagne, les Habsbourg et les Bourbons confondus, devenues publiques. Rien de moins. Des peintures flamandes, espagnoles, françaises, italiennes et allemandes du 14° au 19° : Velázquez, Goya, Jérôme Bosch, Le Greco, Rubens, Van Dyck, Raphaël, Titien, Tintoretto, Botticelli, Caravage, Albrecht Dürer, Rembrandt, Nicolas Poussin, Véronèse, etc. Plus 6500 dessins et 3000 estampes et un bon millier de sculptures, des objets décoratifs et des documents historiques. Il y a de quoi passer trois mois, et vous ne vous souviendrez pas de tout ! Au cours de cette année, le Prado prévoit plus d'une centaine de manifestations, dans trente villes espagnoles. Le bicentenaire du musée sera commémoré par un tas de concerts, des conférences et d'autres choses passionnantes, des dizaines d'expositions thématiques, et quatre jours gratuits. C'est un peu chiche, mais c'est déjà ça : les 23, 24 et 25 novembre. Et aujourd'hui, mais c'est trop tard. (On aurait pu vous en parler avant.) Le 24, l'équipe nous chose un beau feu d'artifices et des projections un peu olé olé sur ses façades, et des spectacles de rue dans le Paseo del Prado. Ce matin s'est ouverte l'expo "El museo del Prado 1819-2019. Un lugar de memoria" (Le musée du Prado, un lieu de mémoire), qui nous promène à travers les étapes historiques et les périodes artistiques qui ont forgé la personnalité du musée. En décembre, on espère ne pas rater une causerie sur l'évacuation des œuvres majeures du musée en 1936, en pleine la Guerre Civile. Le programme est avenant. Le Prado, malgré les défauts dus à son rang et à son succès, reste un domaine d'émerveillement, un formidable lieu de rencontre avec les siècles et les esthétiques passées. Sa gestion dynamique et ses happy hour (visite gratuit des collections permanentes du lundi au samedi de 18 à 20 heures et les dimanches de 17 à 19 heures) ont fini par nous convaincre de l'aimer. Alors qu'on n'est toujours pas accrédités. Le Museo nacional del Prado fête ses deux siècles ! #exposition #art #musées

Beckmann à Madrid. Rage et ivresse d'un artiste majeur du 20° siècle

Culte en Allemagne, à peine connu dans le reste du monde. Max Beckmann, expressionniste de génie - bien que refusant l'étiquette - était en vogue dans le Berlin des années 30, avant que Goebbels ne le jette dans la fosse de l'art dégénéré. Le Thyssen lui consacre une riche exposition monographique. Une découverte pour nous, une rareté et une aubaine pour les amateurs d'art moderne. Beckmann. Figuras del exilio Beckmann. Figures de l'exil jusqu'au 27 janvier au Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid Peintre radical et violent, Max Beckmann (Leipzig, 1884-New York, 1950) raconte la tragédie de son siècle. Deux guerres mondiales, un exil qui le pousse à l'errance à travers l'Europe puis aux États-Unis. Cet artiste allemand majeur, admirateur confessé de Cézanne, Manet et Delacroix, et en secret de Picasso, Braque et Chagall, disait avoir été éduqué à Weimar, à Florence, à Paris et à Berlin. Fuyant les nazis, il ne reverra jamais l'Allemagne, qu'il représente pourtant parfaitement, à travers une œuvre aussi sensuelle et érotique que cruelle. Max Beckmann, Le fils prodigue, 1949, huile sur toile, 100x120cm, Sprendel Museum, Hannovre Le Thyssen nous montre l'essentiel de l'œuvre en deux parties. La première, allemande, est centrée sur le peintre. Son autobiographie, depuis les prémices de la Première Guerre mondiale à l'accession du parti nazi au pouvoir. Beckmann est alors un artiste reconnu, adulé, quand il est subitement expulsé de l'École de Francfort, à l'arrivée de Hitler aux commandes du Reich. Le musée nous emmène ensuite tout naturellement sur les routes de l'exil. Les pièces de cette seconde partie nous montrent des groupes de personnages caricaturés, aux contours soulignés par de vifs tracés noirs; des masques, comme des identités tourmentées qui déborderaient des cadres, jusqu'à disparaître dans la mégalopole moderne, New York, où Beckmann a fini par s'installer. Et la mer comme point final au parcours, avec Les argonautes, le triptyque qu'il a terminé le jour de sa mort, le 27 décembre 1950. Au sens literal comme au sens figuré, l'exil traverse la sélection de cette deuxième partie de l'exposition. C'est la propre expérience de Beckman qui est au centre de ce choix : la condition même de son existence, évidemment. Mais aussi le sort de l'humanité, de l'homme moderne. Max Beckmann, Société parisienne, 1931, huile sur toile, 109x176cm, Solomon R. Guggenheim Museum, New York Max Beckmann, Double portrait, 1923, huile sur toile, 80x65 com / Stäfel Museum, Francfort Max Beckmann, Les argonautes, triptyque (panneau central), 1949-1950, huile sur toile, 205x122cm, National Gallery of Art, Washington Beckmann a pris part à la Première Guerre mondiale, a connu l'occupation hitlérienne et l’effondrement de l’Europe et a subi l'exil puis l’émigration aux Etats-Unis à l’époque de la guerre froide. Son œuvre rend compte de chacun de ces drames, sans pour autant les "illustrer" ou en faire une sorte de reportage. Tout en refusant l’anecdote ou le récit, il a montré la crise sociale et morale de l’Allemagne des années vingt et dénoncé la monstruosité du nazisme. Beckmann fait partie d’une génération brisée par une suite d'expériences traumatisantes : des tranchées à la défaite, dont on connaît la suite. Et comme Otto Dix, il répond bon gré mal gré à l’étiquette de l’Expressionnisme si l’on évoque par là la violence des formes et des figures. Mais comme nombre de grands peintres, Beckmann a expérimenté sa vie durant, ne se laissant capter par aucun mouvement. Il nous laisse une peinture personnelle et indépendante, réaliste mais chargée de symbole, un témoignage vigoureux de la société de son temps. Sous le commissariat de Tomàs Llorens, l'exposition réunit 52 œuvres - principalement des peintures mais aussi quelques sculptures et lithographies - provenant de musées et collections du monde entier, y compris des chefs-d'œuvres, comme Les argonautes. On a adoré la rencontre ave ce peintre ! Beckmann. Figuras del exilio Beckmann. Figures de l'exil jusqu'au 27 janvier / Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid du 21 février au 26 mai / CaixaForum, Barcelone #exposition #art #musées

Le Dada russe, à l'inverse du monde

Entre 1914 et 1924, quelques dizaines d'artistes en Europe se sont sentis obligés de démonter le monde. Après la boucherie de la Première Guerre, rien ne pouvait plus jamais être pareil. Ni l'art, bien sûr. En Russie, Eisenstein, Popova, Rodchenko, Maiakovski... flirtent avec le Dada. Et marquent à jamais l'histoire de l'art. C'est de cet épisode extraordinairement créatif, à travers près de 500 œuvres, que nous parle l'expo du Reina Sofía. Dadá ruso 1914-1924 Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid jusqu'au 22 octobre Ils étaient anarchistes, apatrides, hostiles à toute forme d'abrutissement social. Dada ? Pendant que des poilus héroïques se battent dans les tranchées ? Que la France et l'Allemagne se gazent ? Qui sont ces déserteurs ? Des agités du bocal, des étrangers apatrides, qui ont choisi le nom de leur mouvement contre l'art et la société, au hasard, dans un dictionnaire. Dada, mouvement international d'artistes et d'écrivains, est né d'un intense dégoût pour la guerre qui signait à ses yeux la faillite des civilisations, de la culture et de la raison. Le musée d'art moderne de Madrid nous invite à une joyeuse rétrospective multimédia : 251 peintures, collages, dessins, 73 photographies, 150 documents et publications, 22 films et œuvres sonores. Les travaux de 90 artistes russes et européens qui correspondent à l'apogée du mouvement Dada, entre la Première Guerre Mondiale et la mort de Lénine en 1924. Ilin (Nal), Futurisme dans un village, 1914 Le Dada est né à Zurich, dans une ruelle qui sent le saucisson bon marché. Aux commandes de Tristan Tzara, le Cabaret Voltaire est une sorte de bar pop up, une salle au fond d'un bistro, qui vivra six mois, fermé pour tapage nocturne, tapage social, tapage moral. Un des défis les plus hasardeux de l'art européen du 20° siècle. Poètes, musiciens, peintres, photographes, écrivains, cinéastes, dilettantes... passent des nuits blanches, s'enivrent, et donnent corps et non-sens au mouvement le plus anarchiste que produiront les avant-gardes historiques. Alors qu'en Russie on a plutôt parlé de futurisme pour qualifier l'avant-garde, l'exposition Dadá Ruso voit le vivier créatif à travers les canons du Dada. Les grandes tendances de l'innovation artistique du siècle qui nait sur les ruines morales de l'Europe, juste avant et juste après la Révolution bolchévique, sont partagées par les deux mouvements, et de nombreux artistes russes trouvent dans le constructivisme et le dadaïsme une nouvelle manière de déchiffrer le monde. Tristan Tzara : "Il nous faut des œuvres fortes, droites, précises, à jamais incomprises." Les œuvres choisies mettent en évidence l'intention de nombreux créateurs de s'impliquer dans des projets d'agitation publique, d'adopter l'ironie, l'absurde et le hasard comme principes de base de leurs manifestations aristiques. Performances extravagantes, campagnes contre la guerre, négation de l'art classique, fusion du visuel avec le verbal sont communes à l'avant-garde russe et au mouvement international Dada. Ces artistes effervescents (Eisenstein, Kuchónij, Maiakovski, Stepánova, Rodchenko, Popova, Rozanova...) vont élaborer un univers visuel qui dévie de la trajectoire promise du monde, comme en miroir, et comme une conséquence, une protestation, une négation. Dadá ruso souligne le caractère libertaire de l'art russe de l'époque, sous le joug du parti communiste, et ses implications politiques. Et évoque "l'internationalisation de tous les artistes", qui ont entretenu des relations étroites par-delà toute frontière (entre Moscou, Zürich, Berlin, Paris et New York). Et participé à l'élaboration d'un langage radical : immédiat, aléatoire, irrégulier, spontané, dominé par la contradiction et la liberté absolue de l'individu. Une décennie fascinante, traversée par un mouvement sans but autre que celui d'avancer, renverser les barrières érigées entre culture élitiste et art populaire, sans s'arrêter. Francis Picabia, à la Marcel Duchamp, image dada de Marcel Duchamp LHOOQ, 1920) Iliá Zdanévich. Affiche pour une conférence d'ilia Zdanévich, 1921 Natan Altman, Iván Kluin, Gustav Klutsis, El Lisitzki, Kazimir Malévich, Vladímir Mayakovski, Iván Puni, Aleksandr Ródchenko, Olga Rózanova, Varvara Stepánova, Vladímir Tatlin, Iliá Zdanévich, Natalia Goncharova o Francis Picabia, Kurt Schwitters, Man Ray, Tristan Tzara, entre autres. Les œuvres proviennent de nombreux musées et collections particulières de Russie et du reste de l'Europe : Stedelijk Muséum (Amsterdam), Centre Pompidou (Paris), Musée des Beaux Arts Pushkin, les Archives d'État russes de Littérature et d'Art, entre autres. Dadá ruso 1914-1924 Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía jusqu'au 22 octobre lun 10:00 > 21:00 /// mer > sam 10:00 > 21:00 /// dim 10:00 > 19:00 /// fermé le mardi #exposition #art #musées

Le plus ouf, c'était Monet

Le musée Thyssen a accroché un beau paquet de tableaux issus de collections du monde entier pour nous parler de la transmission entre le maître du paysage français de la fin du 19° siècle, Eugène Boudin, et le fondateur de l'impressionnisme, Claude Monet. Où l'on nous parle de l'importance de Boudin dans le parcours de Monet et de leur impact sur l'histoire de l'art, jusqu'à ce jour. Monet / Boudin Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid / jusqu'au 30 septembre L'exposition Monet/Boudin met l'accent sur les intérêts que partagent les deux artistes : la vie moderne - à travers les chiques et urbaines scènes de plage à Trouville -, les variations de la lumière, sujet de la plupart de leurs tableaux, et la nature semi-sauvage des falaises des côtes bretonnes et normandes. Si Boudin a fait sortir les peintres de leurs ateliers, pour les faire travailler au grand air, Monet a révolutionné la représentation de la couleur à travers une œuvre qui constitue un des fondements de l'art moderne. En une centaine de toiles et pastels, cette expo est la toute première à présenter monographiquement la relation humaine et artistique qui a lié Claude Monet et son maître Eugène Boudin, à la fin du 19° siècle. Leurs carrière respectives, leurs similitudes de travail, les origines de l’impressionnisme. Claude Monet, Le pont de Charing Cross, 1899, huile sur toile, 65x81cm, collection Carmen Thyssen-Bornemisza, Musée Thyssen-Bornemisza À une époque où la peinture officielle se fait en atelier, Eugène Boudin inaugure la peinture en plein air. Les scènes de plage, qu’il peint à partir de 1860, feront sa renommée de chef incontesté des atmosphères marines "et des beautés météorologiques", comme le dit Baudelaire. Claude Monet le considère comme son maître : "J’en étais arrivé à être fasciné par ses pochades, filles de ce que j’appelle l’instantanéité. Je dois tout à Boudin et je lui suis reconnaissant de ma réussite." Ce lien volatil entre deux génies du paysage, c'est aussi celui de deux générations. L'un représente le pré-impressionnisme, l'autre est le manifeste de l'impressionnisme. Boudin concentrait toute son attention sur les nuages, il représentait l'horizon comme une brume traversée de touches délicates et insaisissables; Monet, plus dramatique, barrait le ciel de déferlantes de lumière qui transformaient un même motif au gré des heures. Les deux artistes nous ont offert une perspective nouvelle pour observer la nature, d'une variété infinie. Avec eux, la figuration topographique du paysage n'est plus au centre des préoccupations. Les deux ont tenté de cerner les battements de la lumière, chacun avec ses réponses, ses visions; Boudin, par la densité vaporeuse de son ciel; Monet, par la miraculeuse transformation d'un sujet par le simple changement d'inclinaison des rayons du soleil. Eugène Boudin, Concert au casino de Deauville, 1865, huile sur toile, 42x73cm, National Gallery of Art, Washington Eugène Boudin, Sur la plage de Trouville, 1863, pastel sur papier, 185x285mm, collection privée Claude Monet, La plage de Trouville, 1870, huile sur toile, 38x45cm, The National Gallery, Londres Sous le commissariat de Juan Ángel López-Manzanares, conservateur du Musée Thyssen, l'exposition réunit une centaine d'œuvres des deux peintres, notamment grâce à des prêts du Musée d’Orsay de Paris, de la National Gallery de Londres, du Metropolitan de New York, du Musée d'Israel à Jérusalem, du Museu Nacional de Belas Artes de Río de Janeiro ou du Marunuma Art Park, au Japon. Museo Nacional Thyssen-Bornemisza jusqu'au 30 septembre jusqu'au 1er septembre : mar-sam 10:00 > 22:00 / dim 10:00 > 19:00 du 2 au 30 septembre : mar-dim 10:00 > 19:00 / sam 10:00 > 21:00 #art #exposition #musées

Victor Vasarely. Du bonheur géométrique

Considéré comme le père de l'abstraction géométrique, Vasarely était aussi un scientifique curieux. À travers ses travaux, il a tout simplement démontré que la géométrie relevait du domaine de l'art. En jouant avec lignes, formes et couleurs pour créer une sensation de mouvement, il a cherché toute sa vie la beauté de l'esprit mathématique qui sommeille en toute chose. Jusqu'à créer un rigoureux algorithme pour générer des œuvres particulières, qu'aujourd'hui on dirait sorties d'un programme d'ordinateur. Victor Vasarely. El nacimiento del Op Art / La naissance de l'Op Art jusqu'au 9 septembre / Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid L'exposition du Thyssen traverse toute la production de l'artistes hongrois, dès ses premières expérimentations, en huit phases créatives successives, plus un espace dédié aux fameuses "Structures Vega", avec notamment Feny, de la fabuleuse collection de Carmen Thyssen. La rétrospective de cet été insiste sur le rôle fondamental de Vasarely dans le développement de l'abstraction géométrique d'après-guerre. Une œuvre inscrite dans une grande cohérence, de l’évolution de son trait jusqu’à sa détermination à promouvoir un art social, accessible à tous : le but declaré de cet ancien graphiste formé à la Bauhaus de Budapest n'était pas "de décorer le salon d'un riche collectionneur mais de transformer le paysage urbain", par des interventions plastiques dans le domaine public. Ça veut juste bien tomber ! Victor Vasarely, Feny, 1973, acrylique sur toile, 180 x 180 cm, Colección Carmen Thyssen- Bornemisza Étrangement, les collectionneurs et les galeries ont boudé cette œuvre magnifique. "La rétine ne trouve jamais le repos", "ça donne le mal de mer"... Les effets optiques de Vasarely perturbent, dans les années 50, lors de la première exposition Le mouvement, dans la galerie parisienne de Denise René. Dans les années 60 et 70, personne ne veut dans son salon d'une toile qui semble physiquement poursuivre ses visiteurs. Des compositions déconcertantes qui dissimulent leur centre (qui n'existe pas), dérangent la perspective; des nodules intégrés dans une trame potentiellement infinie de figures géométriques basiques et de couleurs pures. Ça incommode, ou ça laisse de marbre. Alors que la Hongrie de Kádár, en plein dogme réaliste socialiste, lui dédiera une grande rétrospective en 1969, allez savoir... Du coup, Vasarely a dispersé ses œuvres dans des espaces collectifs en Europe et en Amérique, dans des centres sportifs, des campus universitaires, des usines, des théâtres, des hôtels. Après plusieurs décennies de désintérêt, la révolution numérique a suscité un retour de curiosité pour les propositions plastiques de Vasarely. L'interrogation du concept de création, une certaine ubérisation de presque tout, la technique mise à la portée de nuls... Et les goûts associés à l'informatique. Et le musée Thyssen nous pose cette question : l'ère numérique sera-t-elle celle de l'art géométrique ? Victor Vasarely, Nora-Dell, 1974-1979, sérigraphie sur papier, 87 x 78 cm, Vasarely Múzeum, Budapest Dans El País, Ignacio Vidal-Foch note qu'on ne se presse pas pour aller voir la rétrospective Vasarely du Thyssen, 47 œuvres - peintures et dessins réalisés entre 1929 et 1988 - de l'inventeur de l'art cinétique. Pourtant, "au pire, Vasarely était un bon dessinateur de fonds d'écran, avant la lettre, un artisan soigneux du macramé technologique, un créateur de mosaïques pour salles de bain." Avant de concéder que Vasarely est avant tout un immense artiste. On trouve aussi. Victor Vasarely, Stri-Oet, 1979, acrylique sur toile, 211 x 191 cm, Vasarely Múzeum, Budapest Le Museo Thyssen a réuni autour de ses propres fonds, des œuvres appartenant au Musée Vasarely de Budapest, au Musée Victor Vasarely de Pécs, à la Fondation Vasarely d'Aix-en-Provence, et à de collections privées. Victor Vasarely. El nacimiento del Op Art jusqu'au 9 septembre Musée Thyssen-Bornemisza / Paseo del Prado 8, Madrid mar-samedi 10:00 > 22:00 / dimanche 10:00 > 19:00 Entrée unique : collection permanente et expositions temporaires 12 € / 8 € > 65 ans, étudiants / gratuit < 18 ans, sans emploi, familles nombreuses #art #musées #exposition

Guernica, Picasso, Dora et l'amour

Parfois, dans ce blog, nous invitons des amis, quand ils nous parlent de Madrid. Africa Gordillo est journaliste à la RTBF, et sur FB, elle chronique, irrégulièrement, ses lectures. On aime bien ses petits textes : ramassés, spontanés, efficaces et dynamiques. Dans celui-ci, Africa nous parle d'un récit autour d'une œuvre qui n'aura jamais fini de nous émerveiller : Guernica, de Pablo Picasso. Et pour l'occasion, nous re-publions une ancienne chronique, à nous, sur le chef-d'œuvre. Guernica 1937, d'Alain Vircondelet par Africa Gordillo Je m’attendais à découvrir l’histoire du tableau dont Picasso ne voulait rien dire. « Le taureau est peut-être (juste) un taureau »... Œuvre dont la naissance a été photographiée par Dora Maar, étape par étape. Processus créatif et rare, intéressant à découvrir. Mais Guernica 1937 relate surtout l’histoire de Picasso et de Dora Maar, avant que le chef-d’œuvre soit peint. Et après. La fiction se met au service du réel, l’interprète. J’y ai découvert un Picasso génial mais narcissique et un Pablo égocentrique et tyrannique (un comble même si ce n’est pas une surprise)... et quelques clichés au passage quand l’auteur ne peut s’empêcher de comparer « le maître » au taureau pour qualifier sa relation avec Dora Maar. Certes, Picasso l’a peint mais quand-même... Le taureau... dur d’y échapper quand on est espagnol. Les références de puissance, dans la sexualité notamment. Soit. Dora Maar, elle, est artiste, peintre, photographe. Une personnalité complexe qui a sombré dans l’exil. Pas un exil lointain, non. Un exil dans son propre corps, dans sa propre vie. Elle ne se remettra jamais de sa rupture avec Picasso et s’isolera de longues années durant dans une maison offerte par Picasso à Ménerbes. Jusqu’à sa mort. Elle assistera de loin au retour de Guernica au pays, après la mort de Franco. Pas Picasso. Photo : Joaquin Cortés / Roman Lores Guernica ::: Pablo Ruiz Picasso ::: 1937 ::: huile sur toile, 350x777cm ::: Museo Reina Sofía, Madrid Picasso avait vu les photos du peitit village basque de Guernica après le bombardement intensif par les avions nazis, à la demande de Franco. Un massacre d'une sauvagerie rare. Quand on lui demanda la signification de Guernica, Picasso répondit : "La peinture n'est pas destinée à décorer les appartements. C'est une arme offensive et défensive contre l'ennemi." Guernica a été commandé à Picasso pour le pavillon espagnol de l'Exposition Internationale de Paris de 1937, alors que les troupes du futur dictateur n'avaient pas encore renversé le Gouvernement légitime. Picasso a surveillé le tableau toute sa vie durant. Il n'a autorisé son acquisition par l'Espagne qu'une fois rétablies les libertés démocratiques. Son arrivée à l'aéroport de Madrid, en 1981, a été entourée des soins qu'on apporte aux visites de chefs d'État. Cette grande fresque a été peinte en noir et blanc, en rappel des clichés de Guernica diffusés dans la presse à la suite des bombardements. Comme un témoignage sur l'horreur de la Guerre Civile espagnole et une prémonition de ce que serait la Deuxième Guerre Mondiale... La peinture, qui ne fait pas d'allusion directe au bombardement, est un plaidoyer contre la barbarie, une œuvre pacifiste. Guernica évoque toutes les guerres, passées et à venir. C'est une icône culturelle qui délivre un message à l'humanité. Aujourd'hui, Guernica est une référence lorsque l'on parle de génocide, du Salvador au Rwanda. Une copie est accrochée au siège de l'ONU à New York. Il faut aller voir Guernica au Reine Sophie. C'est un magnifique tableau, bien sûr. Mais plus, la rencontre avec cette œuvre historique est un moment de rare émotion. Elle est monumentale (27 mètres carrés), sa sobriété chromatique accentue l'expressivité des sujets. Sa composition, une trame narrative claire, accentue l'intensité dramatique de chacune des scènes. Guernica absorbe qui s'y consacre. Allez-y tôt le matin ou avant la fermeture du musée. Parce que la toile la plus connue de Picasso est aussi une vedette... #art

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