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Autoportrait aux gants ::: Albrecht Dürer ::: Prado

Autoportrait aux gants ::: Albrecht Dürer ::: Prado

Dans ce selfie peint en 1498, Dürer se présente en gentilhomme pour nous dire que la peinture est un art noble, rien de moins. Au 15° siècle, c'est gonflé. La peinture, la sculpture, ce qu'on appellera plus tard les "beaux-arts", étaient alors considérées comme des "arts mécaniques". Dürer fait donc preuve d'une certaine audace revendicatrice dans ce beau tableau. Il s'habille de tons clairs et se met ostensiblement sur son 31. Il porte un pourpoint en brocart blanc et noir ouvert, qui laisse voir une chemise blanche bordée d'or, une casquette à pompom assortie à sa veste, une cape marron retenue négligemment par un cordon tressé de soie bleue et blanche. Très chic, même sexy... Un détail, surtout : le choix de gants gris en peau de chevreau, qui marquent un statut social élevé. Le peintre veut nous montrer ses mains comme celles d'un artiste, plutôt que celles d'un artisan. Et par-là, comme le font déjà les Italiens, place la peinture au rang des "arts libéraux" (ceux qui donnent à l’homme la maîtrise de l’expression orale et écrite et la possibilité de rendre compte de l’ordre de l’univers créé, au contraire des arts mécaniques, qui reposent sur des techniques et des métiers*). Albrecht Dürer, Autoportrait aux gants, 1498, huile sur bois, 52 x 41 cm, Museo del Prado, Madrid Dans ses lettres et dans d’autres écrits, Dürer a plusieurs fois souligné que le niveau social et économique des artistes allemands était très différent de celui des artistes italiens. Un manifeste appuyé, peut-être, par le recours dans la composition à l'usage très italien de puissantes lignes verticales et horizontales, qui s'imposent dans le cadre de la fenêtre en arrière-plan. Cette monumentalité géométrique est reprise dans la pose du sujet, qui repose sur son avant-bras, dans un L parfait. Malgré la sensualité dégagée par sa mise, Dürer s'est incarné dans une attitude de dureté, de froideur, de maîtrise absolue, un regard pénétrant et puissant, tracé avec minutie, qui est le propre de ses portraits. Dans cet autoportrait, Dürer se complait dans son propre aspect, soigné jusqu’au narcissisme dans chaque détail. Une représentation sous l’aspect d’un jeune homme sophistiqué issu de la bonne société. Jusqu'à cette auto-affirmation de créateur qu'on retrouve dans l'inscription du soubassement de la fenêtre, en allemand : "Je l'ai peint d'après ma silhouette, j'avais 26 ans. Albrecht Dürer." _____ * Définition trouvée sur Wikipédia. #art #musées #chefdœuvres

Chechu Ávala. Galerie de femmes au Thyssen

Chechu Ávala. Galerie de femmes au Thyssen

Simone de Beauvoir, Colette, Hannah Arendt, Sylvia Plath, Frida Kahlo, Niki de Saint Phalle... mais aussi Ève et Venus. À travers cette petite expo de mezzanine, le Thyssen de Madrid rend hommage à quelques femmes rebelles, peintes par l'artiste asturienne Chechu Álava. L'artiste espagnole met en scène la vie imaginaire de femmes qui ont marqué l'histoire moderne et d'héroïnes de la mythologie. Des femmes qui à leur manière ont défié la société patriarcale. Des artistes, des intellectuelles, des écrivaines. Des précurseures de ce que les femmes peuvent faire aujourd'hui, disons, avec moins de difficultés. Les modèles de Chechu Álava ont en commun un destin compliqué, et d'avoir dû, pour s'imposer, défier les normes de leurs époques. Au départ du balcon du premier étage du musée, la commissaire de cette exposition nous emmène à travers le Thyssen pour des dialogues avec quelques-unes des grandes œuvres des collections permanentes tels une vierge de Marc Chagall, un nu de Ernst Ludwig Kirchner, un crépuscule d'Edvard Munch. Chechu Álava, Hannah Arendt, 2012, huile sur toile, 41x33cm, Ionna & Alexander Ars Scrinium Dans ses galeries de portraits, l'histoire de l'art nous a habitués à des épouses, des muses, reflets du désir masculin. Rarement à des femmes indépendantes. Le travail de Chechu Ávala nous propose une réflexion sur le genre du portrait, à la rencontre de personnalités complexes, de talents singuliers qui ont évolué à contre-courant. Pour Chechu Ávala, "elles nous ont ouvert les portes", ces héroïnes pour les jeunes générations, qui ont tout à apprendre de leurs expériences et de leur résilience. Chechu Álava. Rebeldes est le troisième volet du programme Kora, qui chaque année présente au Musée Thyssen une exposition qui parle de genre. Chechu Álava, Frida fumant en rose, 2019, huile sur toile, 55x46cm, collection de l'artiste Chechu Álava. Rebeldes Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid Jusqu'au 29 mars 2020

Feta ::: tee-shirts ::: Malasaña

Feta ::: tee-shirts ::: Malasaña

Cette micro-boutique nous attire depuis des années, on n'y était pourtant jamais entrés ! Il y a parfois des choses comme ça... Des tee-shirts, des sacs, des accessoires, mais rien de commun. C'est une curieuse enseigne, qui hésite entre le stand militant qu'on trouverait au bout d'une manifestation alter-mondialiste et la boutique branchée et pointue du dernier quartier trendy de Brooklyn. Le catalogue est divisé en quatre chapitres : musique, arts, cinéma et société. Et les tee-shirts citent, montrent, évoquent : Miles Davis, Marvin Gaye, Bela Lugosi, Noam Chomsky... en estampes textiles de bonne qualité et vendues au juste prix : 20 € pour presque tout. Avec ça une collection de badges (carrés) amusants. On surkiffe ! calle del Espiritu Santo, 11, Madrid de 11:30 à 14:30 et de 17:30 à 21:00 du lundi au samedi #teeshirts #shopping #boutiques #vêtements

La Plaza Mayor a 400 ans !

La Plaza Mayor a 400 ans !

Ce n'est pas encore un demi millénaire, mais Madrid va quand même fêter ça ! Culture, arts et fête populaire pour toute l'année. Un programme proposé par la Ville pour que les Madrilènes rencontrent les touristes, ou l'inverse. Les travaux de la constructions de la Plaza Mayor ont commencé en 1617. Deux ans de boulot, 900.000 ducados... Une superbe colonnade autour d'une esplanade rectangulaire majestueuse, au milieu d'un entrelacs de petites rues médiévales. C'est le cœur du Madrid touristique, et c'est magnifique ! La Plaza Mayor est au centre de la vieille ville, le "Madrid de los Austrias". Quand on va à Madrid, même si on est du dernier snob, on va voir, c'est obligé, et puis on peut fuir les badauds... Quand Philippe III (un Habsbourg, autrichien donc, de là l'expression "Madrid de los Austrias" qui désigne la partie historique de la ville) installe la cour à Madrid, il charge l'architecte Juan Gómez de Mora d'uniformiser les bâtiments de la place qui allait accueillir les guildes des commerçants et, au fil des siècles, des fêtes populaires, des corridas, des béatifications, des couronnements, des autodafés et quelques délires de la sainte Inquisition. Aujourd'hui, après quelques remaniements suite à de nombreux incendies, son aspect monumental, la statue de Philippe III et les nombreux restaurants et cafés attirent le gros des bus touristiques. La traverser au petit matin, avant tout le monde, est une de nos marottes... Pour la fête des 400 ans, Madrid a décidé de transformer la place en une vaste piste de jeu, une scène ouverte à un grand programme artistique et culturel. Et ça commence ce week-end ! 17, 18, 19.02 à 20:30 > video mapping immersif à 360º, accompagné d'une bande sonore créée pour l'occasion. Le thème du mapping, on s'en doute un peu : l'histoire, l'évolution, les transformations de la Plaza Mayor à travers quatre siècles. 25.02 à 22:30 > grand bal de carnaval, avec musique en direct, projections et atelier de maques ! en mars... Waterlight Graffiti Ce collectif propose un spectacle technologique interactif nocturne. Sur des écrans led en Haute Définition, le public sera invité à participer à une création en direct de dessin et d'écriture... à l'eau ! L'artiste urbain madrilène Suso33 interviendra dans le processus de création en trois étapes ouvertes au public. Archipiélagos Atelier de jardinage éphémère pour enfants. Les petits créeront un jardin à leur taille, qui sera intégré aux travaux potagers des adultes pour former un grand jardin collectif, un archipel de couleurs vivantes... Jusqu'à Noël, la Plaza Mayor sera la scène de nombreuses festivités : nous avons noté un spectacle de zarzuela, un récital de Placido Domingo, le plus grand sandwich aux calamars du monde, un concours de photographie, une fête baroque, des joutes poétiques, un cycle de conférences, un projet de récupération de la mémoire de la Plaza, etc. >>> PROGRAMME COMPLET !

Guernica, Picasso, Dora et l'amour

Guernica, Picasso, Dora et l'amour

Parfois, dans ce blog, nous invitons des amis, quand ils nous parlent de Madrid. Africa Gordillo est journaliste à la RTBF, et sur FB, elle chronique, irrégulièrement, ses lectures. On aime bien ses petits textes : ramassés, spontanés, efficaces et dynamiques. Dans celui-ci, Africa nous parle d'un récit autour d'une œuvre qui n'aura jamais fini de nous émerveiller : Guernica, de Pablo Picasso. Et pour l'occasion, nous re-publions une ancienne chronique, à nous, sur le chef-d'œuvre. Guernica 1937, d'Alain Vircondelet par Africa Gordillo Je m’attendais à découvrir l’histoire du tableau dont Picasso ne voulait rien dire. « Le taureau est peut-être (juste) un taureau »... Œuvre dont la naissance a été photographiée par Dora Maar, étape par étape. Processus créatif et rare, intéressant à découvrir. Mais Guernica 1937 relate surtout l’histoire de Picasso et de Dora Maar, avant que le chef-d’œuvre soit peint. Et après. La fiction se met au service du réel, l’interprète. J’y ai découvert un Picasso génial mais narcissique et un Pablo égocentrique et tyrannique (un comble même si ce n’est pas une surprise)... et quelques clichés au passage quand l’auteur ne peut s’empêcher de comparer « le maître » au taureau pour qualifier sa relation avec Dora Maar. Certes, Picasso l’a peint mais quand-même... Le taureau... dur d’y échapper quand on est espagnol. Les références de puissance, dans la sexualité notamment. Soit. Dora Maar, elle, est artiste, peintre, photographe. Une personnalité complexe qui a sombré dans l’exil. Pas un exil lointain, non. Un exil dans son propre corps, dans sa propre vie. Elle ne se remettra jamais de sa rupture avec Picasso et s’isolera de longues années durant dans une maison offerte par Picasso à Ménerbes. Jusqu’à sa mort. Elle assistera de loin au retour de Guernica au pays, après la mort de Franco. Pas Picasso. Photo : Joaquin Cortés / Roman Lores Guernica ::: Pablo Ruiz Picasso ::: 1937 ::: huile sur toile, 350x777cm ::: Museo Reina Sofía, Madrid Picasso avait vu les photos du peitit village basque de Guernica après le bombardement intensif par les avions nazis, à la demande de Franco. Un massacre d'une sauvagerie rare. Quand on lui demanda la signification de Guernica, Picasso répondit : "La peinture n'est pas destinée à décorer les appartements. C'est une arme offensive et défensive contre l'ennemi." Guernica a été commandé à Picasso pour le pavillon espagnol de l'Exposition Internationale de Paris de 1937, alors que les troupes du futur dictateur n'avaient pas encore renversé le Gouvernement légitime. Picasso a surveillé le tableau toute sa vie durant. Il n'a autorisé son acquisition par l'Espagne qu'une fois rétablies les libertés démocratiques. Son arrivée à l'aéroport de Madrid, en 1981, a été entourée des soins qu'on apporte aux visites de chefs d'État. Cette grande fresque a été peinte en noir et blanc, en rappel des clichés de Guernica diffusés dans la presse à la suite des bombardements. Comme un témoignage sur l'horreur de la Guerre Civile espagnole et une prémonition de ce que serait la Deuxième Guerre Mondiale... La peinture, qui ne fait pas d'allusion directe au bombardement, est un plaidoyer contre la barbarie, une œuvre pacifiste. Guernica évoque toutes les guerres, passées et à venir. C'est une icône culturelle qui délivre un message à l'humanité. Aujourd'hui, Guernica est une référence lorsque l'on parle de génocide, du Salvador au Rwanda. Une copie est accrochée au siège de l'ONU à New York. Il faut aller voir Guernica au Reine Sophie. C'est un magnifique tableau, bien sûr. Mais plus, la rencontre avec cette œuvre historique est un moment de rare émotion. Elle est monumentale (27 mètres carrés), sa sobriété chromatique accentue l'expressivité des sujets. Sa composition, une trame narrative claire, accentue l'intensité dramatique de chacune des scènes. Guernica absorbe qui s'y consacre. Allez-y tôt le matin ou avant la fermeture du musée. Parce que la toile la plus connue de Picasso est aussi une vedette... #art

Saint Valentin, beaucoup d'os pour un seul saint

Saint Valentin, beaucoup d'os pour un seul saint

C'est dans l'église de San Antón, dans le quartier de Chueca (qui est aussi le quartier gay), que reposent les restes de saint Valentin. Des os exposés dans une vitrine, rien de plus. Et un emballage un peu kitsch. La relique serait un cadeau du pape au roi Charles IV. Le squelette n'est pas complet, il a été fragmenté et, au départ de Rome, ses reliques ont fait le voyage jusqu'à la collégiale Santa Maria la Mayora à Toro (Castille León), à Tobed (Aragón), à Calatayud (Aragón), à l'Église Saint-Pierre de Prades (Pyrénées françaises), à Montignies-sur-Sambre (Belgique) et à Dublin (Irlande). Notez qu'on n'est pas tout à fait sûrs de tout ça, parce qu'on compte pas moins de trois saint Valentin, et que nous n'avons pas consulté toutes les archives... Notre saint Valentin était évêque à Terni (Italie) au IIIe siècle. Son truc, c'était d'administrer les sacrements du mariage. Avec zèle, puisqu'il n'hésitait pas à braver les ordres des empereurs (romains, à l'époque) Claude et Aurélien qui excellaient dans la persécution des premiers chrétiens. Valentin célébra donc des dizaines d'unions en secret. Ce qui lui valut d'être emprisonné avant d'être, soit égorgé par un soldat, soit décapité le 14 février de l'an 270 (au choix). Et d'être élevé au grade de patron des amoureux/euses. L'Église de San Antón de Madrid est ouverte 24 heures sur 24; elle est un refuge pour les pauvres, à qui la paroisse apporte une aide religieuse bien sûr, mais aussi un soutien social, psychologique et matériel (repas, vêtements, etc.). Elle abrite un tableau de Francisco de Goya, La dernière communion de San José de Calasanz. Ou plutôt sa copie, depuis que l'original a été transféré au Musée Calasancio, à Madrid. Elle est aussi connue des Madrilènes pour la bénédiction des animaux de compagnie (le 17 janvier). Église de San Antón c/ Hortaleza 63, Chueca, Madrid

Concerts au cimetière

Concerts au cimetière

Le splendide cimetière de la Almudena sera le cadre, ce 1er novembre, d'un programme musical exceptionnel : le Concert du Silence, une suite de pièces intimes et classiques jouées face à la porte d'entrée et à la colonnade qui clôture le domaine centenaire. L'occasion de visiter ce trésor du patrimoine madrilène encore méconnu. Le Concert du Silence s'inscrit dans la politique de modernisation que la Municipalité de Madrid poursuit en matière de mise en valeur du patrimoine et de redéploiement de la vie culturelle et artistique à travers l'espace urbain : sortir l'art des lieux qui lui sont traditionnellement dédiés pour aller à la rencontre du plus grand nombre. L'idée saugrenue d'accueillir la population en musique, au cimetière, le jour des morts, doit être envisagée comme "un hommage rendu à toutes les personnes qui reposent ici, explique le responsable des services funéraires de la ville Fernando Sánchez. Cette journée durant laquelle la musique accompagnera tous ceux qui viennent se recueillir sur les tombes de leurs proches, c'est aussi une manière d'intégrer l'art funéraire à la vie culturelle, et de dépasser les tabous liés à la mort." En plus de ce beau programme musical, la municipalité proposera plusieurs visites guidées autour de thèmes liés aux rites, à la conservation et à l'archivage, au patrimoine : plans, maquettes, documents graphiques ainsi que la collection de corbillards de la Ville. Les concerts auront lieu à l'entrée du cimetière, avenida de Daroca, 90. PROGRAMME 11h15 : Emilio Moreno et la Real Cámara, trio à cordes - El Concierto Espiritual - musique de chambre intime 13h00 : Josetxu Obregón, violoncelle 14h00 : La Tempestad, clavier et voix, Johannes Kohnau - sonates bibliques 16h30 : Ana Fernández Vega et Consort Quartet, voix - Polyphonie spirituelle de la Renaissance espagnole #architecture #urbanisme #jardins #musique

Lewis Baltz ::: Fundación MAPFRE ::: photographies

Lewis Baltz ::: Fundación MAPFRE ::: photographies

SI vous allez à Madrid avant le 4 juin, allez voir la très belle exposition que la Fondation MAPFRE consacre à Lewis Baltz, un des grands photographes de la seconde moitié du 20° siècle. Des images d'une réalité peu riante, de banlieues aux maisons construites en série, d'une nature malmenée, enlaidie, de faubourgs industrieux envahis de détritus : près de 400 tirages, une rétrospective de toute son œuvre, des premiers clichés en noir et blanc des années 60 au travail en couleurs des dernières années, exploration de nouveaux langages. Baltz, dans un long et minutieux travail de dissection, a photographié les plaies du paysage américain, qu'il avait sous les yeux. Baltz s'intéressait au paysage des hommes, comme point de départ d'un travail formel et conceptuel : "Tous les paysages humains ont une signification culturelle et, même si ils paraissent ordinaires, ils sont la biographie inconsciente de nos goûts, nos valeurs, nos aspirations et nos peurs." Cet artiste américain radical et exigeant n’a cessé de questionner un trait frappant de notre civilisation : la laideur. Celle des nouvelles zones urbaines, des bords de villes, celle que l'homme inflige à son environnement. Cette exposition exceptionnelle est la première grande rétrospective consacrée à Lewis Baltz depuis sa mort en 2014. LEWIS BALTZ Fundación MAPFRE jusqu'au 4 juin ! Lewis Baltz ::: Near Reno no. 11, de la série Near Reno ::: 1986-1987 ::: 20 x 25,5 cm ::: Centre national des arts plastiques, París © The Lewis Baltz Trust Lewis Baltz ::: Monterey, de la série The Prototype Works ::: 1967 ::: 20 x 25,2 cm ::: Galerie Thomas Zander, Cologne © The Lewis Baltz Trust Lewis Baltz ::: Piazza Pugliese, de la série Generic Night Cities ::: 1992 ::: 250 x 125 cm ::: collection du Stedelijk Museum, Ámsterdam © The Lewis Baltz Trust #photo #exposition

Ouka Leele recoiffe Madrid

Ouka Leele recoiffe Madrid

Pendant quelques semaines, la boutique Loewe de la Gran Vía héberge une très belle exposition de photographies. Dix-neuf images de la série Peluquería, signée Ouka Leele. Des compositions très ludiques dans lesquelles la photographe réinvente la coiffure, remplace les rouleaux par des citrons, les bigoudis par des seringues, les chignons par des fers à repasser. Sa technique n'est pas originale : prendre des clichés en noir et blanc, les coloriser avec des aquarelles de couleurs fortes et photographier le travail fini. Mais son style est tout à fait personnel et unique. La série Peluquería a été créée en 1978 à Barcelone, en prélude à une trajectoire qui sera marquée par des démarches novatrices, en rupture totale. Et par son rapport vif à la couleur, envisagée comme un élément actif de la composition, chaleureux ou ironique. Les modèles, parfois connus en Espagne, le plus souvent anonymes, sont tirés vers l'extravagance qui caractérise tout le travail de l'artiste. Ces transformations en roue libre sont alors une manière amusante de dire adieu à la dictature. De son vrai nom Bárbara Allende Gil de Biedma, Ouka Leele est une des figures principales de la movida madrilène. Et une photographe espagnole parmi les plus réputées, connue pour un sens de l'humour qui flirte avec le Surréalisme. Ses travaux ont été exposés dans les plus grandes galeries du monde, dont le Musée Reina Sofía à Madrid, l'Institut Cervantes de Lisbonne et la Fondation Cartier à Paris. Si vous avez envie de vous offrir une paire de chaussures à 550 €, profitez de la visite pour faire vos courses, tout est très beau et de très grande qualité, ici ! Jusqu'au 26 février ! Loewe, Gran Vía 8, Madrid #art

Clet Abraham fait rire les panneaux routiers

Clet Abraham fait rire les panneaux routiers

Quand Clet Abraham n'aime pas un sens interdit, il le redessine. Le graffeur français, spécialiste du détournement de mobilier urbain, trouble la circulation partout où il passe. Le globe trotter a fait une escale à Madrid et nous, on l'a suivi à la trace... Illégal. À poétiser la ville, Clet (c'est son vrai prénom, breton) Abraham a bien eu quelques déboires avec la police. À Florence, où il est installé, à Paris, à Londres, à New York, à Tokyo, le graffeur laisse son empreinte... Et, une fois qu'on a repéré le premier « Clet », plus possible de passer à côté. Ce résistant parcourt les rues seul, à vélo ou avec son petit escabeau, pour coller ses travaux sur des panneaux de circulation. Le guitariste des Clash, façon pictogramme, brisant son instrument sur un sens interdit; le sumo qui déplace la barre blanche d'un autre sens interdit, c'est Clet. C'est souvent drôle, un peu de folie douce ou de poésie pure. Dans la jungle froide des panneaux routiers qu'il considère comme une pollution visuelle, Clet voit une forme d'abrutissement des passants et des automobilistes. Un cœur ajouté sur une flèche, et c'est comme si Cupidon était passé par là, transformant l'injonction en signe d'amour. Si les services de voirie éliminent une grande partie de ses productions, certaines villes considèrent au contraire que ses œuvres sensibilisent à la sécurité routière et lui passent des commandes... La préfecture de police de Paris l'a embauché pour former des collégiens à la signalisation, Brest lui a demandé de repenser la signalétique autour du musée des Beaux-Arts. Et le Syndicat français des équipements de la route a fait de lui son invité d'honneur au salon professionnel Interroute. Clet a débarqué à Madrid, on l'a repéré du côté de la Plaza Mayor. Ne tardez pas à suivre ses pistes, on ne sait pas si la Ville de Madrid appréciera le dialogue engagé... #art #streetart

Picasso et Toulouse-Lautrec en duel à Madrid

Picasso et Toulouse-Lautrec en duel à Madrid

Picasso/Lautrec 17.10 > 21.01 Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid Quand même... la confrontation ! Deux artistes majeurs de la modernité : Pablo Picasso et Henri de Toulouse-Lautrec, dans les bas-fonds de Paris. On savait que l'un s'était servi chez l'autre, mais jusqu'à présent, jamais exposition n'avait été consacrée aux liens entre les deux monstres de la modernité montmartroise. Une audacieuse mise en perspective des œuvres de deux de nos plus grands peintres. La littérature et la critique les ont souvent associés, jamais une exposition n’avait véritablement confronté les deux maîtres de l’art moderne. À travers plus d’une centaine d’œuvres, groupées autour de leurs marottes – les portraits caricaturés ; la vie nocturne dans les cafés, cabarets et théâtres ; les marginaux ; le cirque ; l’univers érotique des maisons closes – l’exposition postule que le dialogue de Picasso avec Lautrec, avec ses influences et ses coïncidences, n’est pas limité aux premiers travaux du peintre espagnol mais s’étend sur toute sa production, jusqu’aux œuvres de la maturité. La carrière artistique de Toulouse-Lautrec court sur quinze ans, celle de Picasso s'étend sur sept décennies. Les deux ont eu du génie, se sont sentis attirés par Paris dans leur jeunesse, et ont rejeté le legs académique imposé. Tous deux se sont inspirés d'Ingres, de Degas, du Greco. Et nourrissent une affection particulière pour le trait rapide et la caricature. Le dessin est la clef de leur langage. Picasso, ce grand ogre, n’a fait que quelques bouchées de son fragile prédécesseur, qu'il n'a jamais rencontré. L'Espagnol arrive affamé à Paris en 1900; Toulouse-Lautrec se meurt d'alcool et de syphilis. Le jeune Pablo va immédiatement s'emparer des cadrages violents et efficaces de l’affichiste, de ses couleurs vives et des femmes caricaturées et peinturlurées sous la lumière crue des bordels. Les affinités entre ces deux amoureux de la vie nocturne sautent aux yeux. L'œuvre radical de Lautrec, sa manière de percevoir la modernité, ont eu un impact déterminant sur le jeune Picasso. À travers lui, il a découvert la diversité de la société moderne qui conditionnera sa manière d'envisager l'art. Lautrec n'est pas le seul, bien sûr, que Picasso ait piraté. Il doit aussi pas mal à Van Gogh, Degas, Steinlen, Vuillard… Mais Lautrec est sa référnce principale. Peut-être parce que comme lui il aimait épier le spectacle scandaleux des corps, en sorte de voyeur moderne. Lautrec sans doute à son insu, Picasso avec calcul, dans la pose du héros de la bohème, de l'"analyste d'une époque de pourriture" que Lautrec avait laissée vacante. Picasso a-t-il suivi les traces de Lautrec dans le Montmartre marginal et décadent de la nuit ? Le goût des bordels était précoce, on le dit. Mais il se peut aussi que les plaisirs interlopes aient été dictés par une vision esthétique. Un tourisme artistique dans le Lumpen. Picasso/Lautrec 17.10 > 21.01 Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid #art

Venise. 89 chefs-d'œuvre pour inventer la beauté (et détruire la peinture)

Venise. 89 chefs-d'œuvre pour inventer la beauté (et détruire la peinture)

On ne courrait pas à Madrid voir des Titien, des Tintoret, des Véronèse. Quoi que. Cet été, dans le genre, on peut faire l'impasse sur le Prado : le musée Thyssen présente une exceptionnelle exposition dédiée à la peinture à Venise au 16° siècle. Quatre-vingt-neuf tableaux prêtés par les plus importantes collections du monde ! L'exposition est axée autour des aspects les plus caractéristiques de la Renaissance : le travail de la couleur, l'observation de la nature à travers l'image du pouvoir, la beauté comme sujet. Portraits, pastorales, thèmes mythologiques et religieux pour comprendre l'évolution de cet art créé dans la plus belle ville du monde. EL RENACIMIENTO EN VENECIA.TRIUNFO DE LA BELLEZA Y DESTRUCCIÓN DE LA PINTURA LA RENAISSANCE À VENISE. TRIOMPHE DE LA BEAUTÉ ET DESTRUCTION DE LA PEINTURE Museo Thyssen-Bornemisza, jusqu'au 24 septembre Véronèse (Paolo Caliari), Jupiter et un nu, 1560, huile sur toile, 27x101 cm, Boston, Museum of Fine Arts, photographie © 2017 Muséum of Fine Arts, Boston À l'aube du 16° siècle, les Turcs avaient pris Constantinople, Christophe Colomb avait découvert l'Amérique; les tracés des routes du commerce européen avaient été profondément modifiés. Venise était au bord de l'isolement politique et économique. Deux ou trois boutades de l'histoire qui ont rebattu les cartes et sérieusement entamé la puissance économique qui faisait rayonner la cité des Doges... Mais souvent, les vents mauvais stimulent la création artistique. Battus mais debout, les Vénitiens se mettent en recherche d'une nouvelle image de marque. Il s'agit de convaincre le monde entier que leur ville est la plus belle, et le Grand Canal, l'avenue la plus éblouissante sur Terre. Giovanni Cariani (Giovanni de’ Bussi), Les musiciens, vers 1520, Bergamo, Fondazione Accademia Carrara Peintres, architectes, aidés par de riches mécènes, vont revisiter la beauté classique, alors référence absolue : sensualité, lumière, couleurs, perspective. Et participer à la réinvention de l'Homme moderne. Cette exposition exceptionnelle nous permet de comprendre, à travers l'exploration de différents aspects de la société vénitienne, le passage de la Venise gothique à celle de la Renaissance : la sublimation des formes et des thèmes de l'Antiquité dans les beaux-arts. Si la Renaissance a été une révolution dans tous les domaines (sciences, arts, philosophie) au départ des grandes villes italiennes, elle s'est présentée sous des aspects différents dans chacune d'entre elles. L'environnement aquatique, la lumière, la couleur comptent parmi les éléments qui à Venise ont fait la différence. C'est le propos brillant de cette exposition. Palma le Vieux (Jacopo Negretti), Deux nymphes dans un paysage, huile sur toile, 98x152 cm, Frankfurt am Main, Städel Museum Le Musée Thyssen-Bornemisza a pu réunir des toiles de grands maîtres comme Le Titien, Véronèse, Bassano, Giorgione, Lotto. Une génération d'artistes qui a fondé les bases de la modernité en sortant la peinture de sa fonction essentiellement religieuse, pour la mener sur des terrains purement esthétiques et artistiques. Ce qu'on pourrait appeler la voie vénitienne de la Renaissance : l'utilisation du clair-obscur, la couleur comme fondement de la représentation de la figure humaine, et plus particulièrement de la figure féminine, et de l'espace, une attention particulière à la nature, plus réaliste que dans la conception classique. Et de passer de l'artisanat à l'art... Palma le Vieux (Jacopo Negretti), Portrait d’une jeune femme, 1513-1514, huile sur toile, 47x37 cm, Lyon, Musée des Beaux-Arts TRIOMPHE DE LA BEAUTÉ C'est la génération qui est passée de la technique à la forme. Venise a osé, s'est postée à l'avant-garde et a rompu avec la tradition classique qui paralysait Florence et Rome, menée par Rafael Sanzio et Michelange Buonarroti. Alors que le courant toscano-romain se caractérisait par une attention importante à la dimension intellectuelle à travers le dessin (conçu par l'esprit), les artistes de l'école vénitienne s'attachent à la maîtrise des couleurs et des valeurs visuelles et sensuelles de la peinture. Cette révolution picturale a durablement installé Venise comme la référence en matière de beauté. L'exploration de la beauté culmine dans la représentation idéalisée de la figure féminine. L'exposition présente des œuvres-clés de Palma le Vieux, Le Titien ou Véronèse, qui voguent dans la mythologie, autre composante essentielle de l'époque, à travers Vénus, la déesse de la beauté. En point d'orgue, le spectaculaire Enlèvement d'Europe de Véronèse, prêté par le Palais Ducal de Venise, une des œuvres les plus importantes de la Renaissance. Véronèse (Paolo Caliari), L'enlèvement d’Europe, vers 1574, huile sur toile, 235x296 cm, Venise, Palais Ducal DESTRUCTION DE LA PEINTURE Comme ce fut le cas dans toute l'Italie, la minute classique a vécu... La peinture de la Renaissance, en boudant le dessin, la structure réfléchie, pour tout confier aux couleurs, portait en elle les germes de sa destruction. Déjà dans les œuvres tardives du Titien, du Tintoret, de Véronèse et de Bassano, on remarque, dans une certaine mesure et avec des solutions toutes personnelles, des virages vers une manière plus "ouverte", relâchée, souvent qualifiée de peinture de taches, de bavures... La ligne claire s'estompe, on met en question l'importance du dessin en tant que partie essentielle de la peinture, on s'interroge sur l'idée même d'une beauté basée sur une vision idéalisée de la réalité. Parfois à tel point qu'aujourd'hui encore, les historiens se demandent si certaines des œuvres ne seraient pas tout bonnement inachevées... Il ne s'agit pas que d'un discours sur la forme. Les artistes sont à la recherche de plus d'expressivité, ils veulent donner vie à leurs sujets, à leurs paysages, à la nature. On assiste tout doucement à la naissance du Baroque. Et on passe à une exaltation des éléments dramatiques de la composition, typique des années 1560 et 1570, chez Le Titien par exemple, dont le Christ crucifié conclut l'exposition du Musée Thyssen. Le Titien (Tiziano Vecellio), Christ crucifié, vers 1565, huile sur toile, 219x111 cm, Madrid, Patrimoine National, Monastère de San Lorenzo del Escorial Les salles sont organisées en volets thématiques. Le commissaire, Fernando Checa Cremades, de l'Université Complutense de Madrid, s'est inspiré des grands sujets exécutés par les maîtres exposés, plutôt que de s'attarder aux aspects stylistiques ou à la chronologie. Résultat : des espaces de discussion entre peintres, tendances, manières... Une dynamique rythmée et ludique qui permet aux visiteurs d'entrer pleinement dans l'esprit qui a présidé au tournant intellectuel et esthétique de la Renaissance. Museo Thyssen-Bornemisza Paseo del Prado 8, Madrid jusqu'au 24 septembre mar-ven et dim > 10:00> 19:00 /// sam > 10:00 > 21:00 www.museothyssen.org #art #exposition