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L'église de Santa Cruz

L'église de Santa Cruz

On remarque avant tout sa grande tour de 80 mètres de haut, qui rappelle une forteresse plus qu'un temple religieux. Le bâtiment est de style néo-gothique, tout en briques et pierre blanche de Colmenar. La façade principale présente un arc pointu couronné par un fronton triangulaire surmonté d'une croix. Elle est le siège de plusieurs des confréries parmi les plus anciennes de la ville, comme celle de la Vierge-des-Sept-Douleurs, qui procesionne dans les rue de Madrid le Vendredi saint. L'église de Santa-Cruz est assez récente, malgré son emplacement au cœur historique de Madrid, à deux pas de la Plaza Mayor. L'architecte-marquis Francisco de Cubas (celui de la cathédrale de la Almudena) dirige sa construction, à partir de 1889. Un mauvais départ : tout de suite, les travaux sont paralysés par manque de moyens. Ils ne reprendront qu'en 1899 grâce à une souscription publique, pour se terminer en 1902. Elle occupe le terrain de l'ancien couvent de Saint-Thomas-d'Aquin, lui même remplacé par plusieurs églises, qui furent tout à tour détruites, incendiées... Le plus grand de ces désastres de feu a fait plus de 80 victimes. À l'intérieur, la peinture de la Vierge de la Cinta, patronne de la ville de Huelva ainsi qu'une importante collection de peinture récupérée dans les couvents voisins disparus, du mobilier, des objets religieux... Et sur l'autel principal, un beau retable néogothique encadre une représentation de la croix de Jésus, qui donne son nom à l'église. C/ Atocha 6, Madrid * L’historicisme, appelé aussi romantisme, s’est développé principalement au XIXe siècle et au début du XXe siècle en concentrant tous ses efforts sur la récupération de l’architecture du passé. Il s’agissait d’imiter les styles architecturaux d’autres époques en incorporant certaines caractéristiques culturelles de ce siècle, tandis que l’architecture éclectique était consacrée à mélanger les styles pour façonner quelque chose de nouveau.

Edificio Telefónica

Edificio Telefónica

Sa construction est un projet dans le projet du percement de la Gran Vía. Sa hauteur de 90 mètres et son architecture inspirée des skyscrapers new-yorkais en font le premier gratte-ciel d'Europe, à son inauguration en 1930. C'est le siège de la fameuse compagnie du téléphone des Demoiselles du téléphone produit par Netflix. Et il ne s'agit pas du tout d'une fantaisie scénaristique, puisque l'immeuble fut bel et bien le centre de communication le plus important du pays au siècle dernier, lieu de travail de 1800 employé.e.s, dont les fameuses opératrices. Et c'est aussi d'ici que le roi Alfonso XIII donna le premier coup de fil transatlantique, pour un entretien expérimental avec le président américain Calvin Coolidge. Pendant la Guerre civile, l'immeuble sera à la fois une cible pour les franquistes, vu son caractère stratégique, un abri antiaérien pour les Madrilènes, quand les obus pleuvaient sur la capitale encerclée, et un lieu de travail pour les correspondants étrangers, comme Ernest Hemingway et John Dos Passos, qui pouvaient y câbler leurs chroniques. D'un peu partout à Madrid, on peut voir son horloge monumentale, qui s'éclaire d'un bleu velouté à la tombée de la nuit. Aujourd'hui, le superbe building héberge l' Espacio Fundación Telefónica, centre culturel consacré à l'avant-garde artistique et technologique. L'accès y est gratuit.

La Puerta de Alcalá

La Puerta de Alcalá

L'un des emblèmes touristiques de Madrid. Cette porte monumentale inaugurée en 1778, est située sur un rond-point où confluent des rues aussi célèbres que Alcalá, Alfonso XII ou Serrano. La porte d'Alcalá est le premier arc de triomphe construit en Europe après la chute de l'Empire romain, avant d'autres arcs plus connus comme celui Paris ou la Porte de Brandebourg à Berlin. C’est par cette porte que les voyageurs en provenance de France et de Catalogne pouvaient entrer dans Madrid. Elle a deux siècles. En 1768, le roi Carlos III (Charles III) demande à Francisco Sabatini (celui des écuries royales et du jardin qui a pris leur place au pied du Palais) de remplacer l’ancienne porte de la ville constituée de deux tours de taille modeste bâties au 16° siècle. Les travaux dureront neuf ans... Cinq arcs de granit reliés dans un style néoclassique, une inspiration purement romaine. Dix colonnes soutiennent l’édifice couronné par des chapiteaux ioniques. Le sculpteur français Roberto de Michel a complété le monument par des têtes de lions au-dessus des arcs centraux et des cornes sur les frises. Francisco Gutiérrez a sculpté les anges qui représentent les quatre vertus : la justice, incarnée par un ange au poing levé; la tempérance (étrier); la prudence (miroir); la force de l’âme (lance et bouclier). La circulation empêche l'accès au jardin immaculé qui se trouve au pied de la porte. Pendant longtemps le monument a marqué la limite de la ville à l’Est. Aujourd’hui, elle fait partie du centre de Madrid. En 1921, il fut témoin du meurtre d'Eduardo Dato, président du Conseil des Ministres. Dans les années 1800, la Puerta de Alcalà est touchée par un boulet de canon. La trace d’impact est encore visible si vous regardez attentivement l’édifice. L’année 1976 marque l’officialisation de la Puerta de Alcalà en bien d’intérêt culturel.

L'immeuble Carrión

L'immeuble Carrión

Aussi appelé "Building Schweppes", cet élégant immeuble Art Déco de 14 étages, construit entre 1931 et 1933 par deux jeunes architectes qui lui ont imprimé toute leur audace, est un des emblèmes de Madrid, et un phare dans l'avenue la plus courue de la capitale, la Gran Vía. Les locaux l'appellent "Le Schweppes", pour la pub lumineuse qui le coiffe. C'est un des immeubles les plus emblématiques de Gran Vía, appelé aussi "Le Capitol", du nom de l'hôtel et du cinéma qu'il abrite. Il est haut de 54 mètres. Sa forme rappelle celle du Flat Iron de New York, son design avant-gardiste évoque l'expressionnisme allemand. Sa tour de quatre étages, imaginée dès l'origine comme le support de placards publicitaires lumineux, se détache du ciel de Madrid. Il faut aussi le voir la nuit... Sur la plaza Callao, c'est-à-dire en plein milieu du milieu de Madrid, à deux pas de la Puerta del Sol, le building est planté exactement là ou cette grande artère centrale qu'est la Gran Vía, prend son seul virage, interrompt sa longue rectitude. À son inauguration, le Carrión est la première construction madrilène équipée d'un système de climatisation centralisé et de rideaux ignifugés. Il est conçu comme un lieu public, avec hotel, salles de spectacles, restaurant, boutiques. Il deviendra rapidement un symbole de la modernité et du cosmopolitisme de Madrid. C'est Enrique Carrión qui lui donne son nom. Propriétaire du terrain et promoteur du projet immobilier, cet ancien commandant d'infanterie était aussi marquis de Melín. Carrión voulait un édifice moderne et singulier, conçu selon les techniques les plus avancées de l'époque. Ce qui valut à ses architectes Luis Martínez-Feduchi Ruiz et Vicente Eced y Eced plusieurs prix d'architecture et de décoration. En 2007, l'architecte Rafael de la Hoz l'a complètement réhabilité. Il l'a notamment débarrassé de toutes les annonces publicitaires qui couvraient sa façade, à l'exception de l'annonce Schweppes, installée en 1972, et d'une nouvelle venue pour la compagnie de téléphonie mobile Vodafone. Alex de la Iglesia l'a choisi pour décor d'une scène de son film "El día de la bestia" en 1995. Aujourd'hui, l'ensemble du Carrión est occupé par l'Hotel Vincci Capitol, à part le cinéma Capitol et une boutique Benetton au rez.

Église de la Buena Dicha

Église de la Buena Dicha

ÉGLISE DE la Buena Dicha Une église moderniste (1917) très intéressante. Remarquable, la façade qui mêle envolées gothiques et citations mudéjares. L'intérieur, parfaitement restauré, cache une belle chapelle à la Vierge de la Miséricorde, un ensemble sculpté du 17° siècle. Et une coupole bleu ciel splendide !
L'église occupe la place d'un hospice qui acceuillit pauvres et malades dès 1594, ce qui ne lui a pas évité d'être rasé à la fin du 19°. C'est ici que fut enterrée Manuela Malasaña, martyre du soulèvement du 2 mai contre les troupes de Napoléon, et qui a donné son nom au quartier. c/ de Silva 21, Malasaña Madrid

Chechu Ávala. Galerie de femmes au Thyssen

Chechu Ávala. Galerie de femmes au Thyssen

Simone de Beauvoir, Colette, Hannah Arendt, Sylvia Plath, Frida Kahlo, Niki de Saint Phalle... mais aussi Ève et Venus. À travers cette petite expo de mezzanine, le Thyssen de Madrid rend hommage à quelques femmes rebelles, peintes par l'artiste asturienne Chechu Álava. L'artiste espagnole met en scène la vie imaginaire de femmes qui ont marqué l'histoire moderne et d'héroïnes de la mythologie. Des femmes qui à leur manière ont défié la société patriarcale. Des artistes, des intellectuelles, des écrivaines. Des précurseures de ce que les femmes peuvent faire aujourd'hui, disons, avec moins de difficultés. Les modèles de Chechu Álava ont en commun un destin compliqué, et d'avoir dû, pour s'imposer, défier les normes de leurs époques. Au départ du balcon du premier étage du musée, la commissaire de cette exposition nous emmène à travers le Thyssen pour des dialogues avec quelques-unes des grandes œuvres des collections permanentes tels une vierge de Marc Chagall, un nu de Ernst Ludwig Kirchner, un crépuscule d'Edvard Munch. Chechu Álava, Hannah Arendt, 2012, huile sur toile, 41x33cm, Ionna & Alexander Ars Scrinium Dans ses galeries de portraits, l'histoire de l'art nous a habitués à des épouses, des muses, reflets du désir masculin. Rarement à des femmes indépendantes. Le travail de Chechu Ávala nous propose une réflexion sur le genre du portrait, à la rencontre de personnalités complexes, de talents singuliers qui ont évolué à contre-courant. Pour Chechu Ávala, "elles nous ont ouvert les portes", ces héroïnes pour les jeunes générations, qui ont tout à apprendre de leurs expériences et de leur résilience. Chechu Álava. Rebeldes est le troisième volet du programme Kora, qui chaque année présente au Musée Thyssen une exposition qui parle de genre. Chechu Álava, Frida fumant en rose, 2019, huile sur toile, 55x46cm, collection de l'artiste Chechu Álava. Rebeldes Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid Jusqu'au 29 mars 2020

Autoportrait aux gants ::: Albrecht Dürer ::: Prado

Autoportrait aux gants ::: Albrecht Dürer ::: Prado

Dans ce selfie peint en 1498, Dürer se présente en gentilhomme pour nous dire que la peinture est un art noble, rien de moins. Au 15° siècle, c'est gonflé. La peinture, la sculpture, ce qu'on appellera plus tard les "beaux-arts", étaient alors considérées comme des "arts mécaniques". Dürer fait donc preuve d'une certaine audace revendicatrice dans ce beau tableau. Il s'habille de tons clairs et se met ostensiblement sur son 31. Il porte un pourpoint en brocart blanc et noir ouvert, qui laisse voir une chemise blanche bordée d'or, une casquette à pompom assortie à sa veste, une cape marron retenue négligemment par un cordon tressé de soie bleue et blanche. Très chic, même sexy... Un détail, surtout : le choix de gants gris en peau de chevreau, qui marquent un statut social élevé. Le peintre veut nous montrer ses mains comme celles d'un artiste, plutôt que celles d'un artisan. Et par-là, comme le font déjà les Italiens, place la peinture au rang des "arts libéraux" (ceux qui donnent à l’homme la maîtrise de l’expression orale et écrite et la possibilité de rendre compte de l’ordre de l’univers créé, au contraire des arts mécaniques, qui reposent sur des techniques et des métiers*). Albrecht Dürer, Autoportrait aux gants, 1498, huile sur bois, 52 x 41 cm, Museo del Prado, Madrid Dans ses lettres et dans d’autres écrits, Dürer a plusieurs fois souligné que le niveau social et économique des artistes allemands était très différent de celui des artistes italiens. Un manifeste appuyé, peut-être, par le recours dans la composition à l'usage très italien de puissantes lignes verticales et horizontales, qui s'imposent dans le cadre de la fenêtre en arrière-plan. Cette monumentalité géométrique est reprise dans la pose du sujet, qui repose sur son avant-bras, dans un L parfait. Malgré la sensualité dégagée par sa mise, Dürer s'est incarné dans une attitude de dureté, de froideur, de maîtrise absolue, un regard pénétrant et puissant, tracé avec minutie, qui est le propre de ses portraits. Dans cet autoportrait, Dürer se complait dans son propre aspect, soigné jusqu’au narcissisme dans chaque détail. Une représentation sous l’aspect d’un jeune homme sophistiqué issu de la bonne société. Jusqu'à cette auto-affirmation de créateur qu'on retrouve dans l'inscription du soubassement de la fenêtre, en allemand : "Je l'ai peint d'après ma silhouette, j'avais 26 ans. Albrecht Dürer." _____ * Définition trouvée sur Wikipédia. #art #musées #chefdœuvres

Parfum de scandale pédophile au musée Thyssen

Parfum de scandale pédophile au musée Thyssen

Fin 2017, une lettre signée par douze mille New-yorkais demande à la direction du Metropolitan Museum of Art de décrocher un tableau de Balthus (Balthasar Klossowski de Rola, 1908-2001) peint à la veille de la Seconde Guerre mondiale : Thérèse rêvant. Les plaignants font allusion au "caractère pédophile implicite" de la peinture, un portrait de jeune fille assise, les yeux fermés et les cuisses ouvertes de sorte qu'elles laissent voir sa culotte. Thérèse rêvant fait partie des quarante-sept œuvres de la belle rétrospective que le Thyssen consacre au peintre français. Jusqu'au 26 mai. Balthus Museo Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid Avant guerre, alors que les surréalistes dominent Paris de leur culte à Sade, à Freud et au pouvoir libérateur du rêve, Balthus usera de la provocation érotique pour éveiller une société trop conventionnelle et conformiste à son goût. La sélection des commissaires Raphaël Bouvier et Juan Ángel López-Manzanares plonge les visiteurs dans la quintessence du travail d'un des grands maitres du 20° siècle, un des artistes les plus singuliers de son temps, et l'auteur d'une œuvre ambiguë et déroutante, admirée et rejetée, rare et toujours à contre-courant des avant-gardes. Fils de peintres, Balthus est un autodidacte qui a tout appris des conseils de Pierre Bonnard, ami de la famille, et en fréquentant les maitres de la Renaissance, Piero della Francesca et Caravaggio, mais aussi Poussin, Géricault et Courbet. Dans cette indifférence à la modernité, ce "postmoderne" a développé un style figuratif personnel unique, loin de toute possibilité d'étiquetage. On y croise aussi son admiration pour l'art oriental et pour les objets artistiques populaires comme les illustrés pour enfants. Thérèse rêvant, 1938, huile sur toile, 150 x 130 cm, The Metropolitan Museum of Art, New York La partie de cartes, 1948-1950, huile sur toile, 140 x 194 cm, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid La chambre turque, 1965-1966, huile sur toile, 130x162 cm, Centre Pompidou, Paris Balthus a réussi la synthèse des techniques des maitres antiques, avec quelques échappées vers le surréalisme. Ses images incarnent de nombreuses contradictions, elles mêlent la sérénité à de fortes tensions, le rêve et le mystère au réel, un certain érotisme à une idée de l'innocence. Dans ses scènes urbaines et ses intérieurs, ses paysages et ses natures mortes, Balthus introduit une dimension scénique et invite le spectateur à entrer, où toujours, le temps semble s'être arrêté, autour de personnages littéralement pétrifiés. “On parle d'art ou on parle d'autre chose ?" La question est posée par Setsuko Klossowska, la veuve de Balthus, lors de la présentation de l'exposition. Setsuko parlait du scandale new yorkais. "Si on parle de sujets éloignés du domaine de l'art, il me semble normal que des gens aient des valeurs différentes, bien que je me soucie peu de ce qu'ils disent. Mais il est dommage qu'une polémique détourne l'attention due à la création artistique. Tout ça, comme on dit dans Macbeth, c'est une histoire racontée par un idiot." Balthus Museo Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid Jusqu'au 26 mai #exposition #musées #art

Saint Valentin, beaucoup d'os pour un seul saint

Saint Valentin, beaucoup d'os pour un seul saint

C'est dans l'église de San Antón, dans le quartier de Chueca (qui est aussi le quartier gay), que reposent les restes de saint Valentin. Des os exposés dans une vitrine, rien de plus. Et un emballage un peu kitsch. La relique serait un cadeau du pape au roi Charles IV. Le squelette n'est pas complet, il a été fragmenté et, au départ de Rome, ses reliques ont fait le voyage jusqu'à la collégiale Santa Maria la Mayora à Toro (Castille León), à Tobed (Aragón), à Calatayud (Aragón), à l'Église Saint-Pierre de Prades (Pyrénées françaises), à Montignies-sur-Sambre (Belgique) et à Dublin (Irlande). Notez qu'on n'est pas tout à fait sûrs de tout ça, parce qu'on compte pas moins de trois saint Valentin, et que nous n'avons pas consulté toutes les archives... Notre saint Valentin était évêque à Terni (Italie) au IIIe siècle. Son truc, c'était d'administrer les sacrements du mariage. Avec zèle, puisqu'il n'hésitait pas à braver les ordres des empereurs (romains, à l'époque) Claude et Aurélien qui excellaient dans la persécution des premiers chrétiens. Valentin célébra donc des dizaines d'unions en secret. Ce qui lui valut d'être emprisonné avant d'être, soit égorgé par un soldat, soit décapité le 14 février de l'an 270 (au choix). Et d'être élevé au grade de patron des amoureux/euses. L'Église de San Antón de Madrid est ouverte 24 heures sur 24; elle est un refuge pour les pauvres, à qui la paroisse apporte une aide religieuse bien sûr, mais aussi un soutien social, psychologique et matériel (repas, vêtements, etc.). Elle abrite un tableau de Francisco de Goya, La dernière communion de San José de Calasanz. Ou plutôt sa copie, depuis que l'original a été transféré au Musée Calasancio, à Madrid. Elle est aussi connue des Madrilènes pour la bénédiction des animaux de compagnie (le 17 janvier). Église de San Antón c/ Hortaleza 63, Chueca, Madrid

Luis Camnitzer, quand l'art n'est pas tout

Luis Camnitzer, quand l'art n'est pas tout

Encore trop mal connu en Europe, l'uruguayen Luis Camnitzer est pourtant un pionnier de l'art conceptuel en Amérique latine. Le musée Reine Sophie lui consacre une passionnante rétrospective en 90 vidéos, photographies, collages, gravures, sculptures et installations. Identité, langage, dictature... et beaucoup de drôlerie. Luis Camnitzer. Hospicio de utopías fallidas (Hospice des utopies échouées) Jusqu'au 4 mars Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid Démystification du rôle de l’artiste dans la société, dématérialisation de l’objet artistique, pouvoir évocateur des images, participation active du spectateur... C'est du sérieux, sur papier. On est bien dans l'art conceptuel, on est aussi sur un vaste terrain de jeu. Artiste, Camnitzer est aussi professeur d'université, critique d'art et essayiste. Et pas du genre à éviter les questions controversées. C'est que cet avant-gardiste exprime en tout une vision personnelle, à travers ses travaux, centrés sur la capacité transformatrice de l'art, qu'il considère avant tout comme un produit de la réflexion. L'exposition retrace l'œuvre de l'artiste dans sa totalité, elle s'articule autour de trois axes thématiques et explore les principales étapes de sa trajectoire artistique. La première partie aborde le conceptualisme de Camnitzer, qui part de la dématérialisation de l'objet artistique. La seconde rassemble ses œuvres les plus évocatrices, dont l'aspect formel acquiert une plus grande importance. La troisième propose ses œuvres récentes, où il présente l'art comme un outil d'éducation. Luis Camnitzer, Traité sur le paysage, 1996, bouteilles de vin étiquetées et autres matériaux, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid Le langage est au cœur des recherches menées par Luis Camnitzer. L’artiste est aussi essayiste et enseignant, il imbrique ces multiples activités dans une seule et même démarche. Ses estampes sont engagées, douées d’un puissant pouvoir évocateur, elles dérangent parfois. Ses installations, drôles et poétiques, parfois cyniques, allient simplicité et efficacité et convoquent sans détour l’implication du regardeur, l'invitent à se mouiller. Camnitzer explore des sujets comme l'injustice sociale, la répression et la critique institutionnelle. Uruguayen, d’origine allemande (sa famille juive a fui le régime nazi), installé aux États-Unis dans les années 60, il a été un observateur critique des dictatures sud américaines. Son humour mordant et son utilisation, souvent politiquement chargée, du langage comme médium artistique caractérisent sa pratique depuis plus de quarante ans. Camnitzer parle d'identité, de liberté, d’emprisonnement, d’injustice. Et de son profond attachement à l’Amérique latine. Luis Camnitzer. This Is a Mirror, You Are a Written Sentence, 1966–1968, Polystyrène formé au vide, 48 x 62 x 1,5 cm, Daros Latinamerica Collection, Zürich. © Luis Camnitzer Luis Camnitzer, Failed Utopias, 2010-2018, gravures sur plaques de métal, dimensions variables L'expo commence par un autoportrait et se conclut par la série De la guerra, son dernier travail fait de cartes géographiques sur lesquelles l'artiste relit les cinq volumes qu'a écrits von Clausewitz au début du 19° siècle sur la stratégie militaire, toujours enseignés dans les écoles militaires. Entre les deux, un étonnant parcours fait de ses œuvres les plus marquantes, comme un mur de pages de l'annuaire téléphonique de Montevideo, dans lesquelles sont listés les disparus de la dictature (1973-1985), ou encore Leçon d'histoire, une diapositive blanche pour cette histoire qui reste à raconter. "Nous sommes en train de revivre la plus réactionnaire des fragmentations nationalistes, orchestrée par une clownocratie de gouvernements autoritaires." Inspiré de l’une de ses œuvres, Failed Utopias, le titre, choisi par l'artiste, évoque le passé du bâtiment Sabatini, qui abrite une partie du Museo Reina Sofia – un ancien hôpital et hospice pour malades mentaux. Et l'essence même de tout son travail, intimement lié à la notion d’utopie : "Un processus par lequel on cherche à atteindre la perfection, et où cette perfection, telle un mirage, s’éloigne à mesure que l’on croit s’en rapprocher. Quelque chose de semblable à une révolution dans une révolution." Luis Camnitzer. Hospicio de utopías fallidas (Hospice des utopies échouées) Jusqu'au 4 mars Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid #exposition #art #musées

On ira au Prado sans payer

On ira au Prado sans payer

Le 19 novembre 2019, le Prado fêtera ses 200 ans. Et comme dans ce genre de musée, on ne fait pas les choses à moitié, la team a décidé de nous apothéoser un beau bicentenaire, en commençant un an avant la date D, c'est-à-dire aujourd'hui. Pour ses deux siècles, le Prado organise une overdose. Ce musée, c'est un des plus importants du monde. Un dédale de trésors, une orgie de chefs-d-œuvres. Ils ont tout là-dedans. Des tableaux entassés, des sculptures qui se marchent sur les pieds, des dessins qui débordent des tiroirs. C'est quand même une des plus importantes pinacothèques du monde ! En gros, les collections privées des rois d'Espagne, les Habsbourg et les Bourbons confondus, devenues publiques. Rien de moins. Des peintures flamandes, espagnoles, françaises, italiennes et allemandes du 14° au 19° : Velázquez, Goya, Jérôme Bosch, Le Greco, Rubens, Van Dyck, Raphaël, Titien, Tintoretto, Botticelli, Caravage, Albrecht Dürer, Rembrandt, Nicolas Poussin, Véronèse, etc. Plus 6500 dessins et 3000 estampes et un bon millier de sculptures, des objets décoratifs et des documents historiques. Il y a de quoi passer trois mois, et vous ne vous souviendrez pas de tout ! Au cours de cette année, le Prado prévoit plus d'une centaine de manifestations, dans trente villes espagnoles. Le bicentenaire du musée sera commémoré par un tas de concerts, des conférences et d'autres choses passionnantes, des dizaines d'expositions thématiques, et quatre jours gratuits. C'est un peu chiche, mais c'est déjà ça : les 23, 24 et 25 novembre. Et aujourd'hui, mais c'est trop tard. (On aurait pu vous en parler avant.) Le 24, l'équipe nous chose un beau feu d'artifices et des projections un peu olé olé sur ses façades, et des spectacles de rue dans le Paseo del Prado. Ce matin s'est ouverte l'expo "El museo del Prado 1819-2019. Un lugar de memoria" (Le musée du Prado, un lieu de mémoire), qui nous promène à travers les étapes historiques et les périodes artistiques qui ont forgé la personnalité du musée. En décembre, on espère ne pas rater une causerie sur l'évacuation des œuvres majeures du musée en 1936, en pleine la Guerre Civile. Le programme est avenant. Le Prado, malgré les défauts dus à son rang et à son succès, reste un domaine d'émerveillement, un formidable lieu de rencontre avec les siècles et les esthétiques passées. Sa gestion dynamique et ses happy hour (visite gratuit des collections permanentes du lundi au samedi de 18 à 20 heures et les dimanches de 17 à 19 heures) ont fini par nous convaincre de l'aimer. Alors qu'on n'est toujours pas accrédités. Le Museo nacional del Prado fête ses deux siècles ! #exposition #art #musées

Beckmann à Madrid. Rage et ivresse d'un artiste majeur du 20° siècle

Beckmann à Madrid. Rage et ivresse d'un artiste majeur du 20° siècle

Culte en Allemagne, à peine connu dans le reste du monde. Max Beckmann, expressionniste de génie - bien que refusant l'étiquette - était en vogue dans le Berlin des années 30, avant que Goebbels ne le jette dans la fosse de l'art dégénéré. Le Thyssen lui consacre une riche exposition monographique. Une découverte pour nous, une rareté et une aubaine pour les amateurs d'art moderne. Beckmann. Figuras del exilio Beckmann. Figures de l'exil jusqu'au 27 janvier au Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid Peintre radical et violent, Max Beckmann (Leipzig, 1884-New York, 1950) raconte la tragédie de son siècle. Deux guerres mondiales, un exil qui le pousse à l'errance à travers l'Europe puis aux États-Unis. Cet artiste allemand majeur, admirateur confessé de Cézanne, Manet et Delacroix, et en secret de Picasso, Braque et Chagall, disait avoir été éduqué à Weimar, à Florence, à Paris et à Berlin. Fuyant les nazis, il ne reverra jamais l'Allemagne, qu'il représente pourtant parfaitement, à travers une œuvre aussi sensuelle et érotique que cruelle. Max Beckmann, Le fils prodigue, 1949, huile sur toile, 100x120cm, Sprendel Museum, Hannovre Le Thyssen nous montre l'essentiel de l'œuvre en deux parties. La première, allemande, est centrée sur le peintre. Son autobiographie, depuis les prémices de la Première Guerre mondiale à l'accession du parti nazi au pouvoir. Beckmann est alors un artiste reconnu, adulé, quand il est subitement expulsé de l'École de Francfort, à l'arrivée de Hitler aux commandes du Reich. Le musée nous emmène ensuite tout naturellement sur les routes de l'exil. Les pièces de cette seconde partie nous montrent des groupes de personnages caricaturés, aux contours soulignés par de vifs tracés noirs; des masques, comme des identités tourmentées qui déborderaient des cadres, jusqu'à disparaître dans la mégalopole moderne, New York, où Beckmann a fini par s'installer. Et la mer comme point final au parcours, avec Les argonautes, le triptyque qu'il a terminé le jour de sa mort, le 27 décembre 1950. Au sens literal comme au sens figuré, l'exil traverse la sélection de cette deuxième partie de l'exposition. C'est la propre expérience de Beckman qui est au centre de ce choix : la condition même de son existence, évidemment. Mais aussi le sort de l'humanité, de l'homme moderne. Max Beckmann, Société parisienne, 1931, huile sur toile, 109x176cm, Solomon R. Guggenheim Museum, New York Max Beckmann, Double portrait, 1923, huile sur toile, 80x65 com / Stäfel Museum, Francfort Max Beckmann, Les argonautes, triptyque (panneau central), 1949-1950, huile sur toile, 205x122cm, National Gallery of Art, Washington Beckmann a pris part à la Première Guerre mondiale, a connu l'occupation hitlérienne et l’effondrement de l’Europe et a subi l'exil puis l’émigration aux Etats-Unis à l’époque de la guerre froide. Son œuvre rend compte de chacun de ces drames, sans pour autant les "illustrer" ou en faire une sorte de reportage. Tout en refusant l’anecdote ou le récit, il a montré la crise sociale et morale de l’Allemagne des années vingt et dénoncé la monstruosité du nazisme. Beckmann fait partie d’une génération brisée par une suite d'expériences traumatisantes : des tranchées à la défaite, dont on connaît la suite. Et comme Otto Dix, il répond bon gré mal gré à l’étiquette de l’Expressionnisme si l’on évoque par là la violence des formes et des figures. Mais comme nombre de grands peintres, Beckmann a expérimenté sa vie durant, ne se laissant capter par aucun mouvement. Il nous laisse une peinture personnelle et indépendante, réaliste mais chargée de symbole, un témoignage vigoureux de la société de son temps. Sous le commissariat de Tomàs Llorens, l'exposition réunit 52 œuvres - principalement des peintures mais aussi quelques sculptures et lithographies - provenant de musées et collections du monde entier, y compris des chefs-d'œuvres, comme Les argonautes. On a adoré la rencontre ave ce peintre ! Beckmann. Figuras del exilio Beckmann. Figures de l'exil jusqu'au 27 janvier / Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid du 21 février au 26 mai / CaixaForum, Barcelone #exposition #art #musées